JULIEN – episode 09

Quatre mois et demi

La découverte du body se fit dans un contexte particulier : Isabelle m’avait emmené chez ses parents où elle allait fréquemment en week-end jusqu’à l’émergence de notre relation. Trop absente au goût de sa mère, Isabelle avait décidé de réunir ce qu’elle aimait. Sa tendance à constamment dire “laisse maman, Julien va le faire” ou “Julien va t’aider” mise à part, Isabelle nous offrit un week-end de repos en s’accordant une pause (“un moment de tranquillité sans t’humilier”) dont elle commençait peut-être à avoir besoin mais aussi en m’autorisant à ne porter sous mon pantalon qu’un string aussi joli que confortable. Pourtant, quand la nuit fut tombée, Isabelle me confia son “intention de provoquer de nouvelles réactions grâce au port du body”. Minuit ne tarda pas à sonner mais elle n’abandonna pas son idée, glissant le plug et le body au fond de son sac à main.
Nous roulâmes vers la ville et nous arrêtâmes sur le port. Isabelle descendit, je la suivis. La rade dont la longueur m’avait toujours impressionnée m’évoquait le symbole de l’attente. Je marchais derrière ses grandes enjambées. La limite de la jetée, devant nous : la Manche. Un quartier de lune comme témoin, une brume autour de nous, ma surprenante amie osa demander ce que j’imaginais. La chemise et le pantalon tombèrent sur le ponton gorgé d’eau, Isabelle s’approcha le body en main. J’avais souvent regardé ce dernier, détaillé du regard et des doigts : un épais coton noir, trois boutons unissant les faces, le buste rehaussé d’un V en vinyle comme les bretelles réglables grâce à une boucle dorée. Aussi pressée que moi, Isabelle, légèrement excitée d’être surprise, m’aida à dérouler le coton sur mon torse ; sa main glissa entre mes cuisses pour ramener l’extrémité la plus fine vers l’autre, la seconde main vint en renfort pour unir les pressions plastiques et m’emprisonner. Fait, je remontai mon pantalon sur mes fesses scindées par la coupe string, le boutonnait sur mes hanches nues grâce à l’échancrure et remis ma chemise sans la boutonner. “Laisse-la ouverte” avait demandé ma tendre amie en s’appuyant à la rambarde. “Comment tu te sens ?” demanda-t-elle. C’était difficile d’être précis et objectif sur l’instant : “Je me sens bizarre”, mon corps était enserré et cela m’affectait, “J’ai du mal à respirer”, mon sexe se sentait à l’étroit sous ce coton qui titillait mon anus, “Il est peut-être trop petit”. “C’est exprès” lâcha-t-elle en se retournant, “c’est d’autant plus excitant non ?” dit-elle en passant sa main sur le vinyle, des seins jusqu’au ventre. “Redresse-toi !”, j’avais le dos fléchi, contraint par réflexe à soulager mon tronc de la pression du body tendu. L’air marin me rafraîchissait : j’avais besoin de cette qualité pour ne pas suffoquer. “Isabelle” ; “Oui ?” ; “Le corset, c’est différent ?” ; “Je ne sais pas” répondit-elle à une interrogation que je savais idiote : forcément, le corset devait être pire puisque j’avais tant admiré ses effets sur les pages glacés ou l’écran pixellisé de nature fétichiste. “Tu vas t’habituer…” ajouta Isabelle. Effectivement, je savais déjà que je m’habituais à tout mais ce premier contact me donnait une envie fondée de redouter la véritable étreinte d’un accessoire conçu à cet effet. Nous retournâmes au véhicule. Isabelle m’avait prévenu de fermer ma chemise en cas de rencontre. Il n’y en avait aucune à faire à cette heure, en ce lieu. “On rentre ?” lui demandai-je ; Isabelle m’a surpris : “J’ai envie de me caresser, pas toi ?” ; “Si… bien sûr. Et alors ?” ; “Alors ? Pas chez moi… je n’aime pas retenir mes soupirs. Et puis j’ai envie de vraiment m’exprimer ce soir” dit-elle en prenant le volant. Elle m’emmena jusqu’à un coin perdu, une falaise bordée de forêt dont on aurait cru le bout du monde. Je ne savais que faire, que dire. “Tu es peut-être excité par ce que tu portes mais moi j’ai besoin de mon soumis pour être inspirée” lança Isabelle avant de m’envoyer dehors, dans le feu des phares où je devais me déshabiller en prenant des poses… équivoques. C’était surnaturel : j’entendais le ressac, j’étais ébloui, j’entendais le vent, je sentais le vent sur mes fesses nues, j’étais commandé, j’entendais sa voix réclamer des caresses, je sentais des trémolos gravirent sur le timbre de ses paroles. Je m’approchai de la portière conducteur sur son ordre, Isabelle avait remonté sa jupe, allongé ses jambes sur le siège voisin, penché sa tête en arrière par la fenêtre et me tendait le plug que je dus mettre sous son regard. “Je te vois à l’envers” lançait-elle en riant, “Tu te penches ou tu fais semblant ? Allez, prends-le plus vite que ça…” dit-elle plus sévèrement. La situation me stressait. J’avais chaud. Il ne rentrait pas. “Lèche-le… Non, retourne-toi, montre-moi comment tu le lèches !” : je fus humilié jusqu’à ce que le latex glisse entre mes fesses, Isabelle cessa alors ses remarques et reprit un monologue où le soupir n’était plus interrompu. Je retournai à la lumière violente, Isabelle mit les veilleuses. Je pus voir grâce à la lueur de l’habitacle qu’elle s’était rassise, les pieds posés contre le pare-brise, le visage métamorphosé par le plaisir. J’entendais ses gémissements ; je ne l’avais jamais entendu ainsi : se retenait-elle avant ou exagérait-elle sur l’instant ? Elle continuait de réclamer des poses obscènes, “je veux voir ton cul et le plug qui le dilate” n’arrêtait-elle pas de dire jusqu’à ce que la jouissance détruise sa parole. “Reviens” dit-elle doucement après quelques secondes d’immobilité du temps ; je m’assis à côté d’elle, elle gardait la position se caressant doucement. Elle avait éteint la lumière et je ne voyais qu’une ombre. “Tu m’aimes ?” : pourquoi avait-elle besoin d’être rassurée ? “Oui” ; “Oui qui ?” ; “Oui Isabelle” ; “Oui quoi ?” ; “Oui Isabelle, je t’aime” ; “Mon soumis aime sa maîtresse ?” ; “Oui…” ; “Oui qui ?” ; “Oui Maîtresse, je vous aime” ; “C’est bien…” conclut-elle. Ce furent ses dernières paroles de la soirée. En chemin, j’eus le silence. Arrivé, elle me tendit ma chemise de nuit pour la troquer contre mon body, verrouilla la porte et ferma les rideaux de la porte-fenêtre. Au lit, je sus que je n’obtiendrais pas l’autorisation de jouir mais simplement d’expulser mon plug.
Ce sont les coups sourds donnés sur la porte par la mère d’Isabelle qui nous réveillèrent. Elle se leva en sursaut, s’approcha de la porte pour répondre à sa mère que nous descendions. L’escapade nocturne avait duré et l’air de la campagne nous avait fatigués au point que nous avions perdu la notion du temps. Tandis qu’Isabelle remettait ce qu’elle portait la veille, donnait du volume à ses cheveux puis critiquait sa figure face au miroir, j’ôtai en catastrophe ma chemise de nuit et attendait qu’elle me donne des consignes de tenue. “Pas le temps…” lâcha-t-elle toujours aussi “petite fille modèle” ; j’enfournai donc les accessoires au fond du sac verrouillé et enfilai mon pantalon et ma chemise.
En voiture, Isabelle redevint progressivement Isabelle. Le flot de paroles redevint plus lent, le ton plus doux, l’oeil plus pétillant. J’étais avec elle à l’arrière de la 190e conduite par son père. Nous ne semblions vraiment pas clean pour un déjeuner chez les Sestillanges. Mais ça amusait Isabelle qui s’arrangeait admirablement bien grâce à l’arsenal qui jonchait le fond de son sac à main. Elle avait horreur d’une chose : porter les affaires de la veille. Elle le répéta une bonne douzaine de fois dans la journée. Mais ce jour-là était différent car lorsqu’elle le disait, elle ne le pensait pas vraiment. Isabelle avait innové et oeuvrait en silence. Alors que nous roulions, Isabelle m’avait pris la main ¬— cela m’avait étonné car elle le faisait peu souvent — puis s’était approchée de moi : “puisque c’est comme ça, autant rendre les choses excitantes” me glissa-t-elle à l’oreille avant d’ajouter “ce soir, je te ferai lécher ma culotte”. Comme ça, sans raison, sans explication, sans disserter. Isabelle avait décrété. Isabelle avait jeté en pâture une prophétie qui ne nous quitta pas de la journée. Car ma tendre amie y pensait lorsqu’elle m’exhibait son entrejambes du fond de son canapé, croisant et recroisant ses jambes devant moi. Ce n’était pas nouveau. C’était différent. Je m’imaginais lécher cette dentelle tant qu’elle le voudrait, je rêvais aux saveurs dont avait su s’imprégner la matière depuis le samedi matin où j’avais moi-même vêtu Isabelle. Je savais qu’elle s’était caressée avec, je ne pouvais ignorer qu’Isabelle essuyait peu ses lèvres et que toutes ses fonds cotonnés se chargeaient d’une odeur caractéristique. Je me doutais que de me voir impatient et absent excitait ma tendre amie.
Durant ce dimanche, je ne fus pas soumis physiquement mais mentalement. Je n’oubliais pas car tout me rappelait une chose que je finis par aimer avant de la pratiquer. Quand Dominique proposa une partie de badminton, la mère d’Isabelle eut beau dire que nous n’étions pas en tenue adéquat, sa fille accepta d’emblée la proposition. Et lorsque je fus son partenaire de partie, je songeais à ce que le jeu gagnerait en goût une fois la nuit tombée. Les rayons du printemps cajolaient Isabelle de sa chaleur et l’énergie dépensée devaient se traduire par une bonne petite suée. Certes, avant de repartir pour la capitale, Isabelle prit une douche, mais lorsque je l’ai croisée au sortir de la salle de bains, elle m’honora d’un “tu vas adorer” équivoque ; “laisse ta porte ouverte que je puisse t’apporter tes dessous de soumis” ajouta-t-elle plus bas. Lorsque je sortis de la douche, je n’avais pas entendu Isabelle mais les bas et le reste trônaient au bord du lavabo. J’ai immédiatement verrouillé la porte, imaginant ma position si l’un ou l’autre de ses parents s’était introduit par erreur et avait vu “ça”.
Bizarrement, nous n’évoquâmes durant le retour aucun thème relationnel. Isabelle parlait du week-end, j’évoquais les bons moments en évitant pudiquement les moments essentiels. C’est alors que je rangeais mes affaires qu’Isabelle relança le sujet du jour. “Tu as envie n’est-ce pas ?” disait-elle alors que je faisais mine d’ignorer ce dont elle parlait ; je disposais mes dessous en vitrine lorsqu’Isabelle s’approcha de son soumis, frôlant des genoux ses épaules. Je fis volte-face sans me lever, gardant appui sur la pointe des pieds. “Tu ne sais pas peut-être ?” dit Isabelle en caressant mes cheveux. La main à la base du crâne, elle propulsa ce dernier à hauteur idéale. Mon nez frôlait le tissu de sa jupe, ses doigts exerçaient une pression excitante. “Tu ne sens rien ?” ; je ne savais que répondre de peur qu’il s’agisse d’une question piège ; “Je l’ai portée pendant deux jours pour toi et tu ne dis pas un mot ?” ; “Je perçois une délicieuse effluve” me décidai-je à lâcher. Une main sur chacune de ses cuisses, je fis plisser le tissu sur ses hanches en suivant les consignes : quand le slip m’apparut aux trois-quarts, Isabelle me fit cesser le mouvement. La jupe relevée devait l’enserrer mais elle ne s’en préoccupait pas, continuant à maintenir la base de mon crâne qu’elle fit progresser lentement, mon nez aurait pu effleurer le satin mais Isabelle me retenait. Si près, je distinguais mal les zones de dentelle qui dévoilaient pourtant si bien le pubis de ma tendre amie. “Et maintenant ?” demanda-t-elle, “tu n’as rien à me demander ?” ; je n’osais lui demander. Elle lâchait mon crâne lorsque je me décidai à trouver la formule adéquate “J’aimerais profiter de votre sacrifice”. “Et comment penses-tu pouvoir en profiter ?” dit-elle en avançant son ventre sur mon visage. J’avais le nez sur la dentelle, les yeux contre la jupe, les poils sur les narines, le satin sur la bouche. En parlant, je sentais mes lèvres virevolter sur la douceur du slip. Nos lèvres n’avaient jamais été aussi proches. Sa main abandonna mon crâne et alla aider sa soeur pour dégager la taille de l’élastique. Je vis son sexe se profiler sous mes yeux, je distinguai à merveille ses lèvres charnues sous la toison blonde et éparse ; elle se pencha, ses jambes dansèrent et au creux de ses mains jointes se présenta la boule satinée. Je m’approchai pour la renifler, l’humer. Elle avait ce parfum fort et délicat qui donnait à l’excitation ses lettres de noblesse. Derrière les mains soutenant le trophée, le sexe de ma dominante amie qui me somma d’embrasser le slip. Lorsque je pris en main le présent, elle disposa ses mains pour abaisser sa jupe sans me remontrer son trésor. Elle me chipa le slip, le retourna et chercha le fond en coton qu’elle me présenta étalé sur le plat de sa main en me commandant de laper. Ma langue glissa sur le tissu qui me parut rêche au premier essai mais je m’habituai bien vite à la promener sur la partie qu’Isabelle désignait en changeant régulièrement. Lorsqu’elle jugea le slip bien humide, et ma bouche parfumée, ma tendre amie me demanda de caresser mon sexe à travers mon string. Elle s’assit au bord du lit et décida d’un jeu cruel : quand ses jambes étaient décroisées, je me caressais ; lorsque ses jambes étaient croisées, j’attendais. Isabelle s’amusa à contrôler ainsi ma jouissance durant une période qui me paraissait éternelle durant l’instant où je fixais le signal de départ ; puis vint l’ordre de me lever et de retirer mon slip sous son nez pour le porter au mien. “Compare” dit-elle afin que je commence à lécher. Elle m’arrêta d’un “c’est bien” qui coïncida avec des soupirs plus importants. Les yeux braqués sur mon slip, je ne l’avais pas vu entamer ses caresses. Pour la première fois, Isabelle me fit ouvertement assister à ce moment. J’étais à genoux, près d’elle allongée et la regardais jouir. Sans doute m’avait-elle transformé en spectateur pour mieux me frustrer… N’osant l’interrompre, passionné par cette scène, je me suis laissé aller à éjaculer sans qu’elle m’y ait autorisé. Après qu’elle eut repris ses esprits, elle s’en aperçut et se montra un instant furieuse avant de reprendre son calme en me prévenant qu’elle punirait “demain”.

Le lendemain soir, Isabelle attendait mon retour vêtue de la sublime robe rouge en latex. Je filai immédiatement ôter mes vêtements afin d’arborer fièrement mes dessous de soumis. Isabelle me convia alors à m’agenouiller près d’elle qui était assise devant la table de la salle à manger. “Tu mérites une punition pour avoir fauté hier : tu ne peux pas voir mais j’ai disposé devant moi cinq petits papiers ; j’en vais en tirer un au sort et ce sera ta punition mais avant, je veux que tu me dises ce que ton esprit soumis redoute…”. Je ne savais pas comment débuter mais Isabelle me pressa afin que je sois “spontané”. “Porter le body durant le travail serait terrible” dis-je en songeant au souvenir immédiat, son avant-bras s’agita. “Ensuite ?” ; ‘”Être fessé à main nue”, elle hocha la tête afin que je poursuive : “Devenir prisonnier du corset”. Isabelle me regarda : “ça te ferait trop plaisir… j’ai dit une punition ! Le corset, ce sera pour plus tard” dit-elle. “Le plug en moi pendant une journée” continuai-je ; “Hummm… ce serait formateur pourtant, continue” murmura-t-elle. “D’être humilié en public, mais j’ignore comment” ; “Non. Trop facile” conclut-elle. Mes pensées les plus secrètes finissaient par vouloir s’exprimer : “Que vous fassiez irruption au bureau à l’improviste pour lécher votre culotte, à genoux, la porte fermée mais pas verrouillée” ; “c’est mieux, encore un effort…” annonça Isabelle. “Vous servir sans obtenir la moindre reconnaissance, être traité comme un chien, ce serait terrible…” ; “ah oui, tu n’aimerais pas ça ? Je le note quand même…” Elle plia chaque papier sous mes yeux. En prit un sixième sur lequel elle écrit quelque chose qu’elle ne voulut pas dire. “Maintenant, le tirage au sort, lève toi et choisis un papier” ; je me sentais en position indélicate droit comme un I devant la table et les six papiers. Je pointai le moins bien plié, Isabelle le prit, le déplia, se leva et me l’approcha des yeux : “directeur lécheur”. “Tu as choisi, tu vivras ça. Mais le contenu du sixième papier, c’est pour maintenant…”
Isabelle quitta son trône, sa voix fuyante m’ordonna de la rejoindre près du canapé. Tenus en main, quatre ou cinq morceaux de cordelette sur lesquels Isabelle ne m’interrogea pas. Elle ne se préoccupa pas de mon envie qu’elle jugeait peut-être à ma visible excitation et s’empressa de prendre ma taille. La douceur de la fibre de coton devint autre lorsqu’elle tendit et noua la cordelette afin d’effectuer trois tours, maintenant parfaitement la pression un centimètre ou deux au-dessus du porte-jarretelles qui ne me semblait plus exister. En me penchant afin d’ôter mon string, la morsure se fit comprendre : elle accompagnait désormais chacun de mes gestes. “Garde-la, mains dans le dos…” : Isabelle savait ce qu’elle faisait. Elle emprisonna ma jambe droite au-dessus du genou avant de nouer le coton autour de la gauche, puis d’entourer le duo d’un carcan unificateur. Isabelle le resserra en passant le lien entre les cuisses afin d’approcher les deux faces de la corde qu’elle noua sur le devant avant de s’atteler aux chevilles. Isabelle pratiquait à genoux de manière similaire aux cuisses et me réduisait à l’immobilité, pire à l’immobilité sensible. Car, je dois le préciser, Isabelle, novice en bondage, serrait alors trop ses liens et empêchait la douleur de naître grâce à la longueur du supplice. Elle passa derrière moi, arracha le string des mains et emprisonna mes poignets, les attachant au corset de corde qui me gênait pour respirer. Totalement à sa merci, je lui demandai ce qu’elle comptait faire, elle se contenta de répondre que je verrai bien avant d’obstruer ma bouche à l’aide de l’alliance de la corde et du satin porté depuis le matin. Isabelle dut se reprendre à deux fois pour que le lien torturant mes lèvres cesse de glisser, elle le noua si fort que je dus soupirer afin qu’elle assouplisse le traitement en allégeant l’étreinte mais en ajoutant un tour supplémentaire qui empêchait mes mâchoires de se joindre. J’avais chaud, mes jambes tremblaient, j’avais le sentiment de perdre l’équilibre. J’entendis Isabelle m’ordonner de me mettre à genoux. Elle m’assista dans cette périlleuse opération pour me retrouver finalement face au cuir du canapé sur lequel ma mordante amie me fit allonger le torse. J’entendis ses talons sur le parquet, elle s’éloigna puis revint. Mon visage s’enfonça au creux de la croute lorsqu’Isabelle chargea mon dos de ses cinquante-cinq kilos tout d’abord pour honorer mon anus d’une noisette de vaseline soigneusement disposée puis pour attendre en caressant mes cheveux, en jouant avec les liens qui provoquaient une intense salivation, en frottant le latex rouge contre mes mains endolories sur lesquelles Isabelle finit par reprendre sa pose amazone.
Soulagé de son poids, je fus tiraillé par la honte jusqu’à ce qu’Isabelle mette à exécution la prophétie faite en se révélant : “je vais te limer petite salope”. Non, ma séduisante amie n’employait pas encore un gode ceinture, mais croyez-moi, lorsque le plug fut happé, savoir qu’elle s’en servirait comme d’un objet de jouissance me fit frémir. J’avais entendu le clac des gants en latex puis le floc du plug poussé par une jeune femme que je ne pouvais aimer mais aduler. En ne parlant pas, Isabelle m’a submergé d’une étrange solitude où seuls les sonorités variables me tenaient compagnie : le bruissement du latex rouge, le glissement du latex noir, mes gémissements. En conservant une allure mécanique, ma pénétrante amie transforma rapidement mon état d’esprit. L’érection qui mourait sur le rebord du canapé n’était que la représentation physique de ma folie mentale : après m’avoir bouleversé, bousculé, elle m’avait conditionné. Le sphincter interne se durcit sous les assauts du plug ; Isabelle cessa de me limer — pour reprendre son humiliante expression — en laissant le latex planté entre mes fesses qu’elle caressa un moment durant lequel le mordant des cordes reprit le dessus. Elle comprit les gémissements qui avaient succédé au soupir de plaisir — j’avoue que j’avais connu une forme de jouissance, physique, anale — et me libéra des liens. Chevilles, cuisses, Isabelle me fit relever, taille, poignets, ce fut la bouche qui fut libérée en dernier. Après m’avoir fait retirer le slip qui m’avait si bien asséché le palet, Isabelle me fit constater la salive répandue sur le canapé. Je me précipitai sur ses ordres pour ramener de quoi essuyer le cuir, à genoux, cela va sans dire.
“J’aime ces marques rouges” remarqua-t-elle après m’avoir exposé quelques secondes à quatre pattes à ses pieds, comme un trophée. Isabelle était assise sur le canapé, elle dégustait un verre de bourbon. La tête basse, je vis pénétrer dans mon champ visuel l’escarpin rouge qui rehaussait sa jambe gauche : après avoir survolé ma main, elle posa sa semelle sur les cartilages en imposant une pression suffisamment impressionnante pour me convaincre d’embrasser l’extrémité du soulier. “Recommence…” ; mes lèvres effleurèrent une seconde fois l’escarpin verni. “Plus longtemps” ; j’apposai mes lèvres peut-être trois secondes. “Mieux que ça…” ; je me risquai à laper d’un coup de langue la pointe de la chaussure. ” Sa jambe se tendit, quitta ma main, leva mon menton de la pointe vernie, je croisai son regard pour mieux le fuir. “Ça brille mieux ainsi.” dit-elle avant de reprendre ma main au piège. “Lèche !” me lança-t-elle d’une voix persuasive. J’ignore combien de temps ma langue parcourut le cuir, le temps semblait s’être arrêté. Je me souviens qu’un moment, Isabelle libéra ma main de son emprise mais exigea qu’elle serve à caresser sa cheville durant mon office. Instinctivement — il me parut normal sur l’instant de le faire (!) — je pris l’escarpin au creux de ma seconde main pour mieux la présenter à ma bouche, à ma langue qui s’emplit de la saveur du cuir. Isabelle avait son soumis sous contrôle, à genoux, les mains en offrande, la langue pendue à ses moindres paroles.
Le menton soulevé, elle me présenta le cristal afin que je partage une gorgée d’alcool. Mes lèvres épousèrent le contour transparent, la main généreuse pencha le verre afin de m’hydrater. “Pose une joue ici” dit-elle en tapotant une cuisse, je m’approchai sans soulager mes genoux endoloris, le latex s’aggloméra à mon buste et mon visage se reposa sur ses cuisses. Elle caressa encore mes cheveux, ma joue libre, ses doigts s’insinuèrent entre mes lèvres, me portèrent goutte à goutte du bourbon en cherchant ma langue. Les bras le long de son corps, les mains sur ses hanches, j’avais envie de l’aimer. Isabelle souleva mon visage et embrassa la joue qui avait séjourné contre le latex, sa langue caressa même la peau humide avant que sa voix ne me suggère de reculer. Je lui demandai à soulager mes genoux, elle répondit que je n’y penserai bientôt plus. Elle se leva, se pencha, se retourna et entama de remonter le latex de sa robe en le faisant glisser sur la peau satinée et trempée. Les mollets m’apparurent, puis les cuisses. Isabelle cessa le show pour dégrafer le latex qui ornait son cou et dérouler le rouge afin que son dos m’apparaisse luisant jusqu’à ses reins où la réduction plastique gisait. “Nettoie-moi” murmura-t-elle en sentant presque aussitôt le duo nez-langue s’aventurer le long de ses mollets. Je suivais les courbes jusqu’à la résistance plastique et redescendait sans la toucher afin de préserver la sensation pour l’ascension. Elle eut une réaction physique significative lorsque je me relevai sans cesser de lécher le latex afin d’entamer la toilette dorsale. Isabelle soupira et m’encouragea à poursuivre. Sa peau était salée, parfumée, merveilleuse. Je m’abreuvais des gouttelettes sans éparpiller ma salive sur l’épiderme, je déposais un léger voile humide qui avait généralement disparu lors de mon retour près de la zone examinée. J’ai aimé sentir la naissance du latex sur le menton et abandonner mon nez parmi les rebelles du chignon. Linéairement, je la troublais, espérant connaître plus. Elle m’exauça en se retournant. Je m’agenouillai pour oeuvrer sur ses tibias lorsque sa main ramena mon visage contre le sien, logeant ma bouche dans son cou. Je n’osai pas. Je suivis le contour des épaules, insinuant ma langue entre son buste et son bras afin de chatouiller l’aisselle droite, descendit en promenant ma langue sur le profil du globe que mon front caressait et repiqua au centre du ventre pour repartir du cou. Elle renversa la tête, ma bouche se glissa sous le menton et descendit à la verticale, m’insinuant entre ses seins sans qu’elle me l’interdise. Après avoir croisé dans les parages, je finis par employer la trajectoire qui m’amena à l’extrémité rose foncé, molle et délicieuse. Isabelle me laissa téter le mamelon droit mais me rappela à l’ordre lorsque le cadeau fut trop ; elle me demanda de poursuivre sa toilette. Je ne trouvais plus de parcelle salée alors j’ai essayé de descendre le latex par mes propres moyens. Isabelle m’arrêta et s’assit sur le canapé en rappelant mon visage contre ses cuisses. Là, j’œuvrais en territoire ennemi, le nez freiné par le latex roulé, plissé, compressé, la langue tendu pour atteindre des territoires dont l’odeur m’attirait. Isabelle sentait mon sexe, Isabelle sentait mes mains serrer ses hanches, mes pouces presser son ventre. Alors qu’en pleine progression, ma langue rencontra la caresse de poils humides et l’extrémité de mon muscle endolori une chair tendre et brûlante, Isabelle empoigna mes cheveux pour me ramener immédiatement à la réalité. Elle m’apparut pour la première fois depuis des mois faible et indécise. “Je ne sais pas…” dit-elle. J’ai tenté de la convaincre en deux ou trois mots, en deux ou trois gestes. Mais Isabelle ne perdait pas la notion et la grandeur de son personnage, voire de sa personnalité. En empoignant une seconde fois ma chevelure, elle se releva et moi avec pour me “traîner” jusqu’au lit en attrapant au passage une paire de gants. Elle s’allongea, moi aussi. Elle m’enfila les gants, me demanda d’approcher contre elle, m’embrassa puis mena une main entre ses cuisses, sous le latex, contre son sexe. Sa main gauche serrait la mienne tandis que sa main droite libérait celle qui commença à exaucer son voeu. “Caresse-moi, doucement…” m’avait-elle demandé. Je ne voyais que son visage, je ne sentais que ses baisers, j’entendais le latex de la robe réagir à ses mouvements de bassin mais le gant me privait du plaisir — mais aussi de la satisfaction — de connaître son sexe. Je devais encore attendre pour posséder visuellement, physiquement et moralement ce sanctuaire. Je reconnais qu’Isabelle était déjà très forte à cette époque. Après m’avoir fait jouir d’une manière nouvelle, elle avait inversé les rôles sans gâcher le mystère et la beauté qui constituait son aura de tendre amie, de tendre maîtresse. Je l’avais déjà regardée connaître le plaisir, mais ce soir là, c’était différent. J’étais responsable de son plaisir, pouvait me livrer à un rythme changeant ; je pus même me permettre avant l’explosion de glisser la première phalange en elle. Dès que je sentis son corps se relâcher dans sa globalité, je quittai le champ de bataille n’osant plus bouger. Elle revint vite à la réalité pour que je porte à la bouche le gant orné de son intimité. Tout en oeuvrant, je sentis mon sexe être accaparé par une main étrangère qui libéra une jouissance extraordinaire. Je me souviendrais toujours de cette éjaculation durant laquelle Isabelle partageait sans arrière pensée sa langue avec la mienne.

Je me souviens également que nous revenions de déjeuner lorsqu’Isabelle m’attendait assise à l’accueil. Mon associé marqua le coup de la voir en ces lieux mais nous laissa immédiatement. De la voir assise là m’évoquait tant de choses que j’eu sans doute l’air idiot. Elle était belle, vêtue d’un tailleur noir sans fantaisie, le chignon haut, le soulier brillant et souple, le sac à main sur les cuisses partiellement dévoilées. J’ai averti ma secrétaire de ne nous déranger en aucun cas et invité Isabelle à passer la porte. Elle se dirigea vers la fenêtre ouverte afin de clore les stores et glissa entre ses lèvres rouges un “ne ferme pas” qui permettait d’appréhender la suite. En se rapprochant, elle m’intima l’ordre de m’agenouiller, là, juste devant elle, la porte toute proche des pieds. Nous baignions dans un concert de klaxons : “Tu n’ignores plus comment m’honorer” dit-elle. En effet, depuis la veille, je savais que savoir ma langue parcourir ses escarpins la plongeait en transe. Mais l’honorer, c’était juste embrasser le soulier, une pointe après l’autre.
Ses jambes fuselées se tendaient devant moi, Isabelle plissa la jupe en allant décrocher le blanc d’un slip brillant qui épousait à merveille les courbes de sa silhouette. L’objet en main, elle libéra le double boutonnage de la veste et affichait un ventre plat, un nombril souligné du satin d’où naissaient les jarretelles et un corsage assorti dont l’opacité suggérait malicieusement l’érotisme des globes qu’il emprisonnait.
L’étoffe glissa sur mon nez, un parfum obsédant s’empara de mes narines. J’attendis un moment que la main pressante dégage l’appendice afin que ma langue puisse admirer le satin quand Isabelle m’avertit qu’elle avait décidé de changer les termes de notre accord. Elle s’éloigna, exigea que je déboutonne le pantalon et pose paumes contre terre et stoppa devant mon bureau : elle remit le satiné entre ses fesses dont elle ne manqua de me montrer la beauté ainsi séparées puis baissa sa jupe. Je m’étonnai de la voir reprendre son sac à main mais m’attendait à ce qu’elle en sorte une surprise. Pas tout à fait : les mousquetons de la bandoulière actionné, celle-ci se transformait entre les mains d’Isabelle en une redoutable lanière de cuir. La silhouette qui s’approcha alors de moi avait quelque chose d’affolant : les extrémités argentées s’affairaient certes au creux de la main droite, mais le cuir qui suivait le pas m’était destiné. Isabelle fit glisser l’objet le long de mon dos avant de descendre mon pantalon grâce à un pied vigoureux ; je l’ai évidemment assisté afin d’éviter qu’elle ne s’énerve. Visiblement soumis, ma mordante amie fit s’abattre le cuir sur le satin, et par conséquent, mes fesses. La courte lanière lui permettait une puissance de coup qui m’était insupportable. Isabelle me corrigeait. Il n’y eut que quelques coups mais j’ai éprouvé une réelle difficulté à refouler les râles de douleur que j’avais besoin d’exprimer. Isabelle me glissa à l’oreille qu’elle n’insisterait pas “afin que cette horrible secrétaire ne se doute de quoi que ce soit” et entama ma gorge au moyen de la lanière. Elle serrait doucement, comme si j’avais porté un collier lorsqu’elle s’assit à califourchon sur moi. Malgré le peu d’aisance que m’inspirait la situation, elle me fit marcher à quatre pattes sans quitter mon dos jusqu’au bureau. Elle se releva, je fis de même sans qu’elle ne libère ma gorge. Elle força mon dos, j’allongeai le buste sur la surface de travail. De sa main libre, elle me flatta de quelques claques sur les fesses puis me libéra en m’autorisant à me rhabiller. Elle réajusta sa tenue et sortit rapidement sans même me dire au revoir. Le souvenir de sa cuisante visite me poursuivit durant le reste de la journée.


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