JULIEN – episode 15

Douze mois.

Un an auparavant, Isabelle m’expédiait droit entre ses griffes au moyen d’une culotte anodine. Depuis, j’avais appris à agir en son nom, en son désir, je n’utilisais plus que des sous-vêtements féminins qui trônaient aux yeux de tous derrière une vitrine qui m’était dédié, je n’avais plus aucune trace de pilosité masculine puisqu’en vraie femelle, je soignais mes aisselles et mon maillot, je léguais mon unique orifice à la distinction d’un plug latex qu’Isabelle contrôlait par la durée et la fréquence d’utilisation, je confiais mon corps à ma maîtresse experte en cordes, chaines, corset et autres body à cadenasser.
Deux semaines avant, Isabelle m’avait surpris en train de me caresser avec son slip pour stimulant. Deux semaines avant l’anniversaire, ma maîtresse m’avait refait vivre la scène en me filmant en cours d’agissement. Mais ce soir-là, nous fêtions la célébration de ce moment où nos vies basculèrent. Isabelle m’y avait largement préparé : depuis le début de l’année, je n’avais pas joui une seule fois et avais même eu pour fidèles compagnons le plug et le stretcher. Ma maîtresse entreprenait de poursuivre le travail des zones les plus sensibles du corps et m’avait mené à une saturation physique en à peine quelques jours. Pourtant, je n’avais ni envie, ni besoin de tricher. Les testicules douloureuses ? La gêne qu’entraînait le plug ? Je vivais ces désagréments avec l’excitation au ventre. “Ce travail intensif cessera ce soir mon petit soumis” m’avait-elle promis le matin même. Me sevrant de jouissance, me malmenant physiquement, Isabelle avait fait de moi un esclave de mes pensées. Je la voyais, je l’entendais. Elle portait ce qu’elle m’interdisait depuis plusieurs jours, elle m’entretenait de cérémonies perverses que nous ne réalisions pas. “Ta vie était ainsi avant, monotone, sans véritable plaisir, tu avais besoin de moi, tu as toujours besoin de moi, tu auras plus encore besoin de moi” répétait-elle régulièrement avant cet anniversaire.
Aussi, quant après dix-huit jours de soumission restrictive, ma maîtresse m’exposa ce que nous allions vivre, je n’ai pas hésité un seul instant à concrétiser son désir.

Il devait être vingt-deux heures lorsque nous sommes sortis. Depuis mon retour en début de soirée, Isabelle m’avait baigné au moyen d’une eau glacée, rasé et séché sans préciser ce que nous allions réaliser ; puis elle m’avait préparé à son goût. Il me fut interdit de l’aider à m’habiller. Elle devait sans doute savoir ce qu’elle me mettrait mais ne le montra jamais, hésitant devant la vitrine où je me tenais droit. Elle opta pour un corset, mon plus beau corset, le moins sévère mais le plus féminin, ce corset blanc, satiné, bordé de dentelle ; ce corset proche d’une guêpière, ce corset munis de jarretelles auxquelles les bas furent fixés. Des bas qu’Isabelle glissa seule le long de mes jambes velues en pestant après mes poils. Lorsque ce fut fait, elle resserra le laçage du corset “puisque que ta taille s’est habituée depuis tout à l’heure”. Le plug que j’avais rangé en vitrine avant la toilette, Isabelle le ressortit et l’enduisit de salive sous mon regard gourmand, attiré que j’étais pas sa bouche mais aussi par le latex qui ne tarda pas à glisser en moi sans qu’Isabelle ne prenne la peine de me faire asseoir, agenouiller, ou quoique ce soit. L’orifice travaillé durant les précédentes semaines se précipita de happer l’objet avec une aisance qui devenait troublante. Pour orner la base du plug, Isabelle choisit un string en satin et dentelle, entièrement en harmonie avec l’ensemble. Puis Isabelle me dévoila la première surprise de la soirée. Afin de contraster cette tenue à l’apparence aussi anodine que féminine, ma maîtresse me munit d’un large collier de cuir. Il s’agissait d’un collier de dressage, selon ses propres termes, qu’elle avait adapté à ma morphologie et qu’elle immobilisa sur ma gorge au moyen d’un système de fixation qu’elle ne se priva pas de m’expliquer en me l’exhibant. La bande de cuir haute de cinq bons centimètres passait en revue des anneaux comparables à ceux du corset en cuir offert pour Noël : comme un sac à main si vous préférez, un fermoir qui ne se clôt pas en pivotant une pièce métallique mais en insérant un cadenas. Le clic retentit, j’étais soumis à une pression constante et enivrante. Elle me vêtit ensuite d’une de mes plus belles chemises blanches, d’un costume sombre de belle facture et de chaussures impeccablement cirés par mes soins la veille au soir.
Elle m’emmena à la salle de bains pour que je l’admire se doucher du tabouret où elle m’ordonna de m’asseoir. J’eus l’immense privilège d’exprimer mon opinion quant à la tenue qu’elle projetait de revêtir. Elle m’écouta même et troqua l’idée d’une tenue normale pour sa combinaison intégrale en cuir noir, celle qui s’accompagne de bottes vertigineusement appétissantes.
Les talons martelèrent le mâchefer dès que le port d’un épais manteau me fut autorisé. Isabelle, elle, arborait fièrement sa silhouette moulée et protégée du froid par l’excitation et le cuir. Les deux font si bon ménage… Dans le prolongement de son bras, son sac à main. De taille moyenne, j’en voyais dépasser l’extrémité de la cravache. De savoir ce que la théorie me réservait s’avérait troublant, d’ignorer ce que la pratique révèlerait m’excitait. Je me souviens avoir pensé qu’elle choisirait une prostituée d’un quartier populaire. En fait, ma maîtresse n’avait jamais envisagé la chose avec une autre catégorie que les Madeleine’s Girls. J’avais aussi pensé qu’elle m’enverrait en première ligne. Je me trompais puisque ce fut elle qui s’approcha des voitures en double-file tandis que j’attendais de savoir à quelle sauce j’allais être mangé. J’ignore ce qu’Isabelle employa comme terme pour décrire la situation. Ce que je n’ignore pas en revanche c’est que quinze minutes plus tard, nous franchissions le seuil d’un studio retranché non loin de l’avenue Foch.
Je n’avais vu d’elle que son visage : plutôt rond, maquillé avec une accentuation brune ; une chevelure d’ébène coupée au carré le surplombait. Un silence pesant régnait depuis qu’Isabelle m’avait indiqué de les suivre, ma maîtresse préférant la pute pour chauffeur. Je m’étais senti très seul, plus encore lorsque ma maîtresse logea son derrière sur un fauteuil en cuir suffisamment étroit pour que le bruissement des cuirs se fasse bruyamment entendre. “Tu n’enlèves pas ton manteau ?” me lança la professionnelle en ôtant sa fourrure. Elle dévoilait sa sveltesse accentuée par une robe près du corps en mailles argentées, j’affichais une allure suspecte, le collier dépassant les limites du col de chemise. “Qu’il est timide !” dit-elle, “Il n’a pas l’habitude” répliqua Isabelle en souriant, portant à son oeil la caméra extraite de son sac. L’inconnue fit glisser les bretelles de sa robe qui tomba sur sa taille en dévoilant une belle poitrine de jeune fille. Elle s’approcha et déboutonna ma chemise, ne marquant ni un temps d’arrêt, ni un regard en découvrant sous ses doigts le corset. Je me tenais droit, immobile, comme pétrifié. Puis elle s’accroupit, déboutonna mon pantalon et le fit glisser à mes chevilles sans se préoccuper des bas sur lesquels glissèrent ses mains pour remontrer vers le string dont elle extirpa mon sexe. Là, elle me prit en bouche avec une frénésie que je ne connaissais pas. Elle ne me suçait pas, elle me violait, elle me pompait, me happait.
Je perdais la raison, le sens de l’orientation. Progressivement elle ralentit pour finir par s’arrêter. Je l’ai regardée, elle regardait Isabelle qui me guettait. “Relevez-vous Claudia. Toi, à genoux !” lança ma maîtresse d’un ton sec. Alors tout changea. Quand Isabelle m’avait parlé de cette entrevue à trois, j’avais imaginé que la troisième serait une récompense à mon abstinence. Récompense au courant de ma soumission, mais récompense. Là, elle ne m’imposait plus un regard mais une présence, une personne capable d’agissements. L’escarpin le moins avancé vers mes genoux reçut mon baiser. Je l’entendis se moquer. J’entends par l’article “l” la personne définie en qualité de prostituée. Isabelle s’empressa de m’appliquer et ne relâcha la pression verbale qu’en constatant qu’effectivement ma langue parcourait l’escarpin. Après m’avoir fait allonger sur la moquette, la dénommée Claudia m’arracha mes chaussures, puis mon pantalon. “Cache ta queue” m’ordonna-t-elle. J’ai obéi en replaçant mon sexe rigide sous le string. Elle acheva d’ôter sa robe et approcha un tabouret assez bas, non loin de mon crâne. Ses fesses nues vinrent se poser sur le bois frais du siège, ses jambes se croisèrent et le pied libre se mit à se promener au-dessus de mon visage. De cette position, les talons me semblaient courts et épais alors qu’ils étaient bel et bien longs et fins. La pointe s’insinua entre mes lèvres l’espace d’une seconde puis revint à la charge en se faisant pressante. Débloquant la mâchoire, extirpant ma langue pour honorer l’aiguille, Claudia l’enfourna en moi pour ne plus vraiment la sortir. En jouant avec son genou, le talon remontait bien au rythme de ma langue mais ne me libérait jamais de son encombrante présence. Puis elle cessa, déplaça son siège à ma droite et plaça l’autre pied près de ma bouche. “Lèche !” dit-elle. Je n’osais pas. “Obéis. Lèche la semelle” dit ma propriétaire. J’avais occasionnellement léché la semelle d’escarpins mais ceux-ci sortaient de boîte ou n’avait servi qu’à l’intérieur. Là, Claudia les portait en pleine rue. J’eus un sentiment de dégoût en pensant à ce que tout ma langue léchait sous l’oeil attiré de la caméra et de mes humiliatrices.
Je reçus en plein sur le torse un morceau de cuir qu’Isabelle avait lancé à destination de Claudia. Je ne compris qu’en la voyant se pencher pour l’attacher au collier. Avec cette laisse, elle me tira en avant si fort que j’entrepris de me lever au plus vite. Isabelle filmait. Toujours. Inlassablement. Je bandais. J’avais une gêne aussi énorme que mon érection. Isabelle me confia le caméscope tandis que j’étais sous la prise de main de Claudia. En cadrant bien, je permettais au zoom de capter les plis de la sublime combinaison d’Isabelle qui s’absenta pour revenir un moment après. Le temps d’aller à la voiture et d’en revenir. Elle portait une boîte en carton. Une boîte à chaussures. De nouveau en vigie, elle désigna la boite posée au sol que Claudia s’empressa d’ouvrir.
Je découvris à mes pieds de superbes escarpins rouges, aussi vernis que neufs, aussi beaux que vertigineux. Les talons brillaient de mille feux grâce à leur nature chromée. Isabelle expliqua à celle qui extirpait les objets qu’elle avait opté pour un modèle à talon en fer afin que mon poids ne cause aucun incident. Je n’avais pas eu besoin d’entendre ma maîtresse pour comprendre qu’ils m’étaient destinés. Le soulier était certes étroit, mais surtout imposant par la cambrure qui s’imposait à mon pied, bientôt à mes pieds. Je n’avais plus d’équilibre. Quant Isabelle cessa de m’octroyer l’aide qu’elle m’avait concédé après que fut mise la première chausse, j’ai manqué de tomber à terre. Mais j’ai conservé l’équilibre suffisamment longtemps pour que mes chevilles furent ceintes de courtes chaînes que Claudia cadenassa à l’arrière de mes nouvelles chaussures d’intérieur.
Puis elles m’ordonnèrent de marcher, pratiquement toutes les deux en même temps. Au troisième pas, je me tordis la cheville comprenant que je devais aller doucement. En me dirigeant vers le bar comme demandé, Isabelle lança “quand tu y seras arrivé, tu m’ôteras ton string et le posera sur le comptoir”. Je perdis pieds encore. Elles rirent. Je posai le satin sur le recoin, elles applaudirent. Isabelle glissa derrière moi pour tirer mes bras en arrière et les menotter poignet contre poignet puis me retourna face au comptoir. Claudia se trouvait de l’autre côté et, saisissant la laisse, tira ma gorge et par conséquent mon buste en avant, forçant une partie de mon tronc à s’allonger sur le bar. Le cuir enroulé autour du chrome de la barre d’appui, elle me laissa en cette délicate position, jambes tendues, équilibre précaire, ventre pressé, cou serré. Puis Isabelle revint au milieu de mon champ visuel : elle sortit de son sac une armature souple dotée d’un énorme godemichet en latex. Il s’agissait d’un gode ceinture que je l’ai regardée ajuster sans rien dire, ni même osé imaginer. L’objet passé à même la combinaison en cuir, Isabelle avait l’air menaçante, dangereuse. Limeuse… “Je vais te limer”, c’est l’expression qu’elle employa en passant derrière moi, me privant du plaisir de la voir, me torturant du désir du commencement. J’ai attendu. Elle commandait Claudia de ne rien manquer. Puis j’ai senti les jambes s’aligner avec les miennes, ses mains gantées claquer mes fesses puis s’insinuer pour ôter le plug qui m’emplissait. Elle le laissa tomber au sol, le bruit produit fut sourd, discret. Elle positionna le latex et entama son labeur. Le gode m’avait paru énorme. En le sentant glisser en moi, j’ai compris que l’impression n’était pas une illusion. En les comparant plus tard, je m’aperçus qu’il était une fois et demie plus large. Si bien que j’ai immédiatement soufflé, bloquant ma respiration de surprise. J’ai senti le cuir de la combinaison se coller à ma chair puis s’éloigner pour recommencer. Toujours doucement, mais en appuyant le mouvement. Dès qu’elle s’éloigna pour reconquérir le terrain perdu, j’ai commencé à gémir. Comme une chienne. J’ai gémi comme une chienne. “Va filmer son visage” entendis-je entre deux vertiges. J’ai failli défaillir quand Isabelle avait accéléré. L’état se prolongeait, mes jambes fléchissait et j’imaginais le ridicule de mes jambes se balancer sur les hauts talons pendant que ma maîtresse m’enculait. Je fermais les yeux. Et lorsque je les ouvrais, c’est l’optique de la caméra qui me punissait.
Enfin, Isabelle se retira et Claudia me libéra de son oeil mécanique pour venir filmer mon derrière. À peine avais-je entamé de reprendre une partie de mes esprits que la cravache vint s’abattre sur mes fesses. Pas une fois. Pas dix. Mais trente fois qu’elles énumérèrent en riant. Pas doucement. Mais sèchement. Pas rapidement. En espaçant les séquences. En les émaillant de baisers, de caresses ou de diverses traitements : la matière douce du gode, le piquant des glaçons du seau à champagne. J’entendis même un bruit qui m’éveilla de mon étrange jouissance. On m’avait craché sur les reins. On étalait puis on recommença. C’est Claudia qui eut cette initiative. Isabelle la compléta en crachant sur une fesse puis en étalant le crachas vers l’intérieur. On écarta mes globes : un cracha s’abattit sur mon anus avant que le gode ne reprenne son assaut. Je me sentais plus bas que terre quand Isabelle en s’allongeant sur mon dos me susurra qu’elle m’aimait. Elle savait me mener en alternant le chaud et le froid. Mais elle continua de m’enculer. Jusqu’à n’en plus pouvoir.
Lorsqu’elle repassa devant le bar, je l’ai trouvée belle. Plus belle que d’habitude. Isabelle s’était mise à l’aise tandis que son bassin heurtait mon corps en libérant son buste de la chaleur du cuir. La vision des manches tombantes se mouvant au rythme de ma maîtresse avait quelque chose de sublime : la fermeture éclair était ouverte jusqu’au nombril et cet état dévoilait une peau luisante de sueur, fruit d’un labeur méthodique. Toute aussi luisant, la matière du gode qui m’avait empli d’une joie composite, de plaisir, de désir, de douleur, de nausée, de gêne. Isabelle dénoua la laisse et libéra ainsi mon tronc, libre de reprendre posture plus reposante, plus normale. Je ne m’habituais pas aux talons, ce qui n’empêcha pas Isabelle de me retourner après s’être approchée de moi. Je lui faisais face, mon fessier endolori prenait appui contre le bar pendant qu’elle s’agenouilla le temps de me prendre en bouche. Elle n’entendait pas me satisfaire mais me frustrer puisqu’après quelques entrées, la sortie d’Isabelle me parut encore plus cruelle.
Claudia reprit du service en remettant sous le satin mon sexe engorgé puis en secouant sèchement la laisse de manière à accompagner ses paroles me commandant de poser genoux à terre. J’ai manqué de tomber, de me renverser sur le côté mais elle me secourut efficacement. Elle m’ôta les menottes m’emmena en promenade comme un toutou, à quatre pattes, en laisse, le collier serré et l’érection indestructible, me faisant renifler ses pieds, et même son sexe quand elle tirait sur le cuir pour que je relève la gueule. Cette trop courte promenade nous mena à la chambre, au lit à structure métallique, avec une tête et un pied propice à la suite des événements.
Je suis monté dans le lit à quatre pattes, subissant d’Isabelle qu’elle m’ôte ma culotte en plein saut d’obstacle. Là, je n’eus plus qu’à obéir aveuglément, obéir quand l’ordre de m’allonger me fut donné, obéir quand je dus écarter les bras de manière à ce que chaque créature de rêve utilise une paire de menottes pour me crucifier. J’ai commencé à fantasmer comme un vieux soumis lubrique : un oreiller fut glissé sous ma nuque de manière à regarder ma maîtresse et mon offrande se hisser sur le lit. J’ai fermé les yeux en sentant les chevilles prises par d’autres menottes, attendant qu’elles m’écartèlent les membres inférieurs. Mais tout ne se déroula pas comme je l’avais imaginé : Claudia et Isabelle fixèrent à leur paire respective une chaîne à larges maillons et entreprirent de lever mes jambes si bien que, excessivement rapidement, je me suis retrouvé les jambes écartées vers l’arrière, tout près de mon ventre, de mes épaules, les chevilles certes éloignées des poignets ou de la tête de lit, mais tout aussi immobiles. Cette position avait deux inconvénients majeurs : immédiate, tout d’abord, puisque d’être enchainé de la sorte, aussi impudiquement, provoquait en moi un important émoi. Différé, ensuite, parce que la position scabreuse de mes membres inférieurs engendrait une douleur diffuse de plus en plus aiguë.
Mais revenons à la gêne. Bien entendu, je n’avais plus cette fierté de dissimuler ma queue à ma maîtresse. Toutefois, la manière dont elle disposa de mon sexe me bouleversa. Elle ne s’en occupa pas au début car la première épreuve qui m’avait été réservée consistait à me rendre dingue en voyant deux femmes se caresser et s’embrasser juste devant moi. Autant j’étais réduit à l’immobilisme en première partie du lit, autant la deuxième se livrait à un ballet visuel des plus réussis. J’ignorais qu’Isabelle aurait pu être aussi à l’aise avec une soeur de sexe. Claudia y était sans doute pour beaucoup. Elle buvait littéralement la bouche de ma maîtresse, flattait admirablement ses seins et secouait son bassin d’une main sûre. Elles quittèrent leur position assise pour une autre plus classique, moins prévisible. Isabelle fit mettre Claudia à quatre pattes, dans le prolongement de mon corps, les mains prenant appui sur mes jambes, me faisant encore plus mal. Le visage au-dessus de mon sexe, Claudia me regarda lorsqu’Isabelle la pénétra à l’aide de son inamovible gode-ceinture. Si bien que la vision du visage de Claudia et celui d’Isabelle sur la même ligne provoqua en moi un trouble inimaginable. Ma maîtresse était animée d’un tel sentiment de puissance que j’en étais intimidé, non seulement son fasciés, son langage le traduisait, mais je ressentais la puissance de ses coups de reins de manière concrète lorsque la pression des mains ou le poids du corps de Claudia augmentait sur mes cuisses.
Isabelle cessa les assauts, se retira et défit la ceinture, la donnant à Claudia. J’ai cru qu’elles inversaient les rôles mais Claudia ne passa pas la ceinture, se contentant d’utiliser le gode pour venir taquiner mon anus bien relevé grâce à ma position. Isabelle s’esquiva et revint munie du plug laissé près du bar : délaissant l’indélicate position qui ne permettait pas au gode de pénétrer, elle préféra user du plug plus souple et moins épais. Elles s’amusèrent ainsi à le glisser en moi, à l’extraire, excitée de recommencer. Elles s’amusèrent beaucoup, Isabelle faisant remarquer à sa compagne cet étonnant effet de la sodomie : un regain d’érection, une brève réaction musculaire qui les fit s’esclaffer un moment avant de s’amuser avec mes couilles. J’ai souffert lorsque Claudia me passa le stretcher, habitué que j’étais à ma propre dextérité, ou mieux, à celle de ma maîtresse. Je n’en revenais pas d’être ainsi impudique, aussi impuissant. J’avais mal. Surtout aux jambes. Je le dis. Isabelle réfléchit. Je fus soulagé, mes jambes furent allongées et mes chevilles jointes et fixées au pied de lit. Isabelle m’enfourcha et vint s’asseoir à califourchon en m’écrasant le ventre. Claudia l’imita mais s’empala sur le sexe qu’Isabelle guida. Comment le sais-je ? Je ne voyais rien. C’est vrai. Mais j’ai reconnu la délicate présence d’Isabelle quand elle déroula le préservatif.
Je garde un souvenir ému des instants qui suivirent. Tout était si confus, si abstrait, que le plaisir semble décuplé. Imaginez, Claudia se servant de moi comme d’un godemichet tout en se faisant embrasser et caresser par Isabelle, Isabelle qui accueillait la réciprocité, cette sensation étrange de sentir une main de Claudia sur votre ventre lorsqu’elle caresse votre maîtresse, et l’unique vision d’un dos superbe, de hanches magnifiques et de chevelures omniprésentes. Extraordinaire. Elles m’ont entendu gémir mais ont continué. J’avais joui, elles s’en moquaient et continuaient. Ce fut difficile de reprendre le train en marche. Elles cessèrent quand je commençais à être de nouveau excité mentalement, en profitèrent pour me libérer de leur poids, puis de la contrainte des menottes. Nous étions arrivés ensemble, je partis le premier. C’est Isabelle qui m’envoya en premier, après que je me sois rhabillé dans mon coin, honteux comme un gamin. L’attendre dans la voiture me parut interminable, j’ai tenté d’imaginer ce qu’elle faisait, disait ou pensait ; rien n’y faisait. Je revoyais le film du moment que nous venions de passer : le premier moment où ma maîtresse avait confié son soumis à une tiers personne.

Le week-end suivant, Isabelle rendit le caméscope qu’elle avait emprunté. Dans la foulée, elle me demanda de lui en payer un afin de continuer à filmer lorsqu’elle en avait envie. Pour l’étrenner, elle m’interviewa sur cette fameuse soirée avec Claudia. Comme une journaliste l’aurait fait avec l’acteur d’un film qu’elle aurait vu. Les impressions, ce que l’on voyait mal, ce qui nécessitait une explication. Un moment dur. Revenir sur cet événement, à froid, sans mise en scène particulière, dix jours après, c’était troublant. En me repassant la k7, Isabelle me mit en garde : “je t’ai réservé une surprise bien plus intense pour ton anniversaire”.


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