JULIEN – episode 16

Un an, deux semaines.

Quelques jours avant, Isabelle consentit à me confirmer l’usage qu’elle comptait faire du film plastique acheté l’année précédente, avant l’été. Souvenez-vous, cinq rouleaux, gardés précieusement au fond d’un placard. Je me doutais de la finalité. Ce qui m’étonna, ce fut le moment choisi par Isabelle pour l’utiliser. J’avais associé l’usage à certaines pratiques dont nous n’avions jamais évoqué la faisabilité. Au fond, tout est arrivé grâce à Frédérique, une amie revenue d’Italie, en transit pour une destination outre-atlantique, l’espace d’une escale à Paris. Jamais Isabelle ne lui aurait proposé l’hébergement si elle n’avait muri quelque idée machiavélique.
Certes, Frédérique ne resta que deux jours chez nous mais tout me sembla différent. Tout d’abord, ma chambre fut prêtée à l’invitée sans qu’Isabelle ne m’autorise à procéder au moindre aménagement. Ainsi, une camarade, même pas une amie, de ma maîtresse évolua durant deux nuits au sein de cette pièce blanche, uniquement meublée d’un lit à la structure métallique, de ma commode et de photographies de talons-hauts sises aux murs. “Ne t’inquiète pas, elle ne peut avoir la certitude que cela t’appartient… la porte fermée, elle ne peut contrôler les étiquettes… pas encore, ce ne serait pas drôle de brusquer les choses !” disait Isabelle pour me narguer. Je répliquai en lui faisant remarquer qu’elle pouvait voir les marques sur les barreaux du lit. Elle sourit et me consola en m’indiquant qu’elle irait chercher mes dessous elle-même.
Sa présence changea aussi mes habitudes… du moins en partie, car si Isabelle ne pouvait requérir que je la serve sans être habillé, ou même que n’apparaisse un signe de soumission tels les talons hauts que ma maîtresse verrouillait régulièrement autour des chevilles, elle ne me fit grâce d’aucune exigence. “Tu ne peux pas être naturel devant ta maîtresse, peu importe ! Je veux que tu portes ta robe de chambre en satin” ; elle se moquait qu’elle soit féminine et m’imposait même le stretcher en dessous. Imaginez ma gêne… Frédérique ne savait que j’étais une chienne. Elle était étrangère à notre perversion.
L’avantage ? Je croyais en avoir un quand Isabelle m’accueillit au sein de sa chambre après la première soirée. La porte verrouillée, elle dénoua la ceinture de la robe de chambre qui avait manqué de s’ouvrir une dizaine de fois durant la soirée et me déposséda de cette protection. Sans un mot, elle extrait de sa commode personnelle mon corset le plus astreignant, le corset de chasteté auquel fut cadenassée la pièce en cuir souple destinée à m’empêcher toute liberté. Après avoir cadenassé les anneaux arrières, elle me tendit une paire de menottes que je fus bien obligé de placer autour de mes poignets. Elle emprisonna la chaîne reliant les membres au beau milieu des cadenas fixés sur le devant du corset. Ainsi, je ne pouvais plus porter mes mains au-dessus du nombril, et ce, au prix d’un effort insensé. Pire, elle me ceint le cou du large collier, sa volonté s’accompagnant du clic caractéristique d’une délicate attente. Affublé d’une fine laisse brillante, elle me tira jusqu’au lit ; je m’attendais à devoir me glisser sous les draps, bien loin de cette idée, ma maîtresse noua la laisse à la base de l’armature métallique de son lit, m’obligeant par conséquent à m’agenouiller, puis à m’allonger sur le parquet. Elle s’amusa à promener son pied à la limite de ma bouche, cherchant à attiser ma langue. Quand je l’eus effleuré, elle me prédit une très longue nuit au pied de sa couche. « Comme un chien ! » précisa-t-elle en entreprenant de se déshabiller hors de mon champ visuel. J’entendis les ressorts du sommier et l’avertis poliment que la porte n’était pas verrouillée à clef. Elle se releva, j’ai poussé un soupir de soulagement. Elle se dirigea vers la porte et l’entrebâilla, me fixant du regard avant de partir pour mieux revenir, m’enfournant dans la gueule la culotte qu’elle avait porté durant toute la journée. « Et que je n’entende plus gémir sale cabot » lança-t-elle en se recouchant. J’ai longtemps espéré qu’elle jouait une partie temporaire, mais elle quitta notre réalité, me laissant seul en proie à ma peur que Frédérique ne me découvre en si fâcheuse posture. J’ai extrêmement mal dormi, même après m’être débarrassé de la culotte, complètement sucée, léchée, trempée.
J’étais en éveil lorsqu’Isabelle se leva pour détacher laisse et menottes, les laissant pendantes, suspendues aux cadenas du corset. “Tu iras aux toilettes après nous avoir servi le petit-déjeuner” répondit-elle à ma requête en détachant le collier qui avait marqué la chair de mon cou. Elle me passa ma robe de chambre, tendrement, la caressant en plaçant la ceinture, m’embrassant en mordillant ma chair. Malgré les marques de ma possession, je m’exécutai et déambulai à travers l’appartement. Frédérique ne s’éveilla qu’après mon départ pour le bureau, après une toilette sous haute surveillance, avant qu’Isabelle ne replace le corset, me faisant la promesse de déjeuner en ma compagnie afin que je puisse soulager ma vessie.
Mais elle ne vint pas. Elle se contenta de me joindre sur mon cellulaire. Je l’ai rappelée des toilettes du restaurant, je n’en pouvais plus : suivant ses indications, je m’assis sur la cuvette et urinait sans pouvoir ôter le cuir. La sensation d’inconfort que cet acte naturel entraîna fut considérable : immédiatement puis à retardement. J’eus beau essuyer, et essuyer encore, j’avais toujours l’impression d’être trempé. Quant à l’impression d’être poursuivi par une effluve d’urine, je n’en dis pas plus !

À mon retour chez ma maîtresse, elle me fit troquer le corset contre la robe de chambre, ma liberté temporairement retrouvée contre un nouveau stretcher, plus long et plus étroit, que j’eus plus de difficulté à placer. Elle ne voulut pas m’aider, me remémorant l’odeur que je dégageais, menaçant pour me presser d’appeler Frédérique occupée à la cuisine. Ce stretcher avait la particularité d’être muni d’une minuscule protubérance où prenait ancrage une fine chaînette dont l’autre extrémité ressemblait à un fermoir. En place, Isabelle se glissa derrière moi et me demanda de me pencher : elle fit pénétrer en moi un objet froid, lourd, lisse. Il s’agissait du plug “pour esclave fidèle” disait-elle : de même taille que les précédents, celui-ci était en métal et donc très différent. À sa base existait un emplacement similaire à celui sur le stretcher où Isabelle attacha la chaînette. Cela n’a l’air de rien, mais de sentir mes couilles tenues par le métal, mon cul pris par le métal, et le métal finement représenté se balancer entre mes cuisses, caressant mes couilles et remontant entre mes fesses, je me sentais vraiment drôle.
Mieux, Isabelle guetta toute la soirée l’apparition de cette chaîne entre les pans de la robe de chambre. Je n’en pouvais plus lorsque Frédérique partit se coucher et accueillit avec soulagement cette action. Ma maîtresse s’absenta de sa chambre où elle m’offrait le gîte en présence de notre invitée, me laissant à mon bon soin d’ôter tout accessoire de soumis sur moi ou en moi. J’attendis nu son retour, il ne tarda pas. Cette fois, Isabelle verrouilla sa porte et prit même le temps de se changer, disposant autour de sa peau soyeuse, la caresse du latex, l’emprise de la robe de vampire qui lorsque je la regardais me rappelait faire les souvenirs humides que nous avions en commun. Elle couvrit mon corps de caresses en prenant soin à ce que le latex vienne m’exciter au plus proche, en veillant que la main gantée tienne fermement ma queue sous la pression de la cravache. Puis elle l’abandonna pour disposer les fameux rouleaux de film alimentaire sur la table de nuit fort proche. “Au garde à vous” dit-elle doucement, corrigeant de ses mains les faiblesses de ma position : bras tendus contre le tronc, paume des mains sur la cuisse, pieds joints. Droit comme un I impeccablement soumis. Là, elle entama sans m’expliquer le but qu’elle recherchait. Elle commença par dérouler le rouleau de film plastique autour de mes chevilles, les bandes larges et fines, Isabelle en faisait trois ou quatre tours, remontant sans cesse plus haut. Les genoux, puis les cuisses, j’ai commencé à me rendre compter de la douceur de cette contrainte, le sexe emprisonné, les fesses compressées, le ventre aplati, la chaleur produite par le plastique me remplissait de bonheur, les bras, la poitrine, le cou enfin, je me rendis compte comme l’accumulation de trois rouleaux avait fini par constituer une épaisse pellicule extrêmement contraignante. Je ne bougeais plus mes membres, certes, cela me semblait logique, mais même me pencher ou fléchir les genoux était impossible, quant à tenter de dessouder mes cuisses, cela relevait de l’utopie. Mais Isabelle ne s’arrêta pas là, après la gorge, ce fut au tour de ma bouche de subir l’assaut, imprécis, pénible, intraitable, rapidement, je fus emballé, des cheveux jusqu’aux lèvres, ma vision n’existait plus qu’en brouillard, réduit à m’exprimer par soupirs étouffés, privé de la majorité des sons extérieurs, tétanisé par le manque d’air. Alors que je suffoquais, ma maîtresse perça le plastique de manière à libérer non pas mon nez, mais à créer une ouverture adaptée à chaque narine. Puis elle me projeta sur son lit où elle m’installa intégralement, la nuque soutenue par un traversin avant d’achever son travail en réalisant la jointure parfaite en emballant mes pieds et de nouveau mes chevilles. J’entendais un bruit sourd. Comme celui que l’on entend en obstruant l’oreille. Je l’entendais vaguement me parler, je distinguais certains mots. Sans plus.
En tournant la tête, je devinais une forme rouge à mes côtés, Isabelle s’était assise sur ma gauche et contemplait son oeuvre. Elle perça le plastique pour libérer le pavillon de l’oreille droite et entreprit la lecture d’un recueil intitulé “extérieurs nuits”, ouvrage de fantasmes radiophoniques et fétichistes. Cette voix, ma situation, ce fut particulièrement troublant. Elle fit la lecture longtemps. Sans doute une heure, une heure pendant laquelle tout se mêlait et s’entrecoupait sans que je ne puisse rien faire. En me voyant gigoter, elle avait émis l’idée que je puisse “mourir de chaud” en riant, juste avant de me couvrir du poids de sa couette, puis d’un lourd édredon. J’ai rapidement baigné dans ma sueur, poursuivi par le crissement du plastique dès qu’un muscle se tend, les yeux piqués par la sueur, les lèvres en contact direct avec la salive échouée sur le plastique… “J’ai soif” dit-elle, et elle partit chercher de l’eau sans que j’entende la porte se refermer. Elle revint, reprit place et but. J’entendais son acte. J’avais soif. Elle le savait. Elle reprit sa lecture. Quand elle fit mine d’enfin comprendre pourquoi je gémissais, Isabelle agit, comme elle l’avait prévu, prémédité. Le plastique fut incisé à hauteur de mes lèvres, avec une précision étonnante, une netteté impeccable, et là Isabelle me tortura comme jamais elle ne l’avait fait physiquement. Je sentis bien l’entonnoir écarter mes lèvres, pénétrer ma bouche, le flot fut salvateur au début, mais quand elle ne me laissa pas le temps de reprendre mon souffle, continuant de verser de sa main libre le contenu de la bouteille, je crus défaillir. J’ai manqué de m’étouffer, j’ai refoulé, gémi, gémi plus fort encore, elle cessait, puis reprenais. J’ai cru éclaté. Elle changea de bouteille, me fit ingurgiter près de deux litres d’eau. Elle m’empêcha de parler de sa main après avoir retiré l’entonnoir, juste avant de remplacer le film plastique manquant en jouant deux ou trois tours à ma tête.
L’oreille de nouveau obturé, je l’entendis malgré tout. Elle appréciait que je ne me débatte plus et libéra mon corps de ses cinquante kilos de beauté. “Je veux te voir inonder ta couche géante” me répéta-t-elle en insistant sur le terme humiliant. “Tu seras bien obligé, tu craqueras” ajouta-t-elle triomphante. Que dire ? Qu’après un long moment abasourdi, ralenti, soumis au bruit sourd d’un film qu’Isabelle regardait sans me prêter vie, que dire d’autre : je commençai à lutter contre l’envie. Il était tard, mais elle attendait. Le son et la lueur alimentaient mon attente, mon illusoire attente. Il fallut que je persévère. C’est étrange. Malgré l’envie, un réflexe, une barrière m’empêchait de faire sur moi. Mais j’ai insisté, et me suis exécuté. Elle ne s’en aperçut qu’au détour d’une caresse. Un liquide brulant pataugeait sous le plastique, inondait mes cuisses, stagnait sur mon pubis. Elle rit. Ce rire avait quelque chose de déchirant. Elle me félicita. Ces mots avait quelque chose de glorifiant. “Je peux éteindre maintenant, bonne nuit” et je n’en crus pas mes oreilles. Je dormis mal pour toutes les raisons que vous pouvez imaginer. Elle dormit mal en raison du bruit occasionné par le plastique et par certains gémissements. J’ai uriné une seconde fois en pleine nuit, une troisième au petit matin. Quand elle se réveilla, elle me caressa, longuement, patiemment, insistant là où je ressentais de la honte, puis me glissa à l’oreille “je vais aller faire un petit pipi” des plus douloureux. Elle réveilla ses sens en enfourchant mon visage et en emprisonnant mes narines sous le moelleux de son sexe, plus précisément, de ses lèvres tendres, de sa chair humide. “Je ne me suis pas essuyée pour que tu en profites” : elle avait l’odeur du plaisir. Extraordinaire…

Le soir, je suis rentré chez ma maîtresse le coeur gros. Non attristé du départ de Frédérique, mais humilié à l’idée qu’il me fallait changer la literie inondée de mon urine. Elle avait coulé à flot quand Isabelle avait déchiré le plastique, partageant ma souillure en jouant de caresses et de baisers. J’ai éprouvé beaucoup de sentiments différents en échangeant les draps. Je pensais à la robe de chambre qu’Isabelle m’avait imposée sans m’autoriser une douche indispensable, infligeant à son soumis d’arborer une odeur étrange au petit-déjeuner. Étrange…


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