JULIEN – episode 17

Treize mois.

30 ans. Nous étions le 18 février de mes 30 ans. Depuis treize mois, j’appartenais à Isabelle. Durant trois jours, j’avais été exilé de la maison de maîtresse pour une destination voisine : un hôtel situé dans la même rue. Isabelle faisait procéder à des travaux que je ne devais découvrir que ce soir d’anniversaire. Durant ces trois nuits, je fus mis sous la contrainte du plastique, des pieds à la tête. La première nuit, elle resta avec moi, puis se délecta à m’abandonner saucissonné, en laissant pour liberté, mon visage au contact de l’air, pour crainte, la porte claquée mais non verrouillée. Le matin, elle venait me libérer totalement, en profitant pour m’amener les vêtements pour ma journée de labeur.
Elle vint me chercher au bureau ce soir-là afin de m’emmener dîner aux chandelles. Elle régla l’addition et m’entraîna avec précipitation dans le parc du château. Là, elle prit ma main : nous entamions une langoureuse ballade lorsqu’Isabelle cessa sa procession. Nous nous trouvions sur le flan du château, l’éclairage illuminait les tours, ma maîtresse s’appuya contre le muret qui protégeait des douves. Un geste et la jupe glissa sur ses chevilles, ses mains prirent appui sur les pierres, je me mis spontanément à genoux, sans penser à mal, sans songer aux éventuels voyeurs. Mes mains entreprirent de flatter les cuisses blanches de maîtresse, glissant sous les jarretelles, jouant avec les noeuds du slip où mon visage avait été happé.
“Enlève-là”, je retirai immédiatement ma langue de la soie qu’elle honorait, “La culotte idiot, enlève-là” dit-elle d’une voix suave. Je n’en revenais pas, deux doigts suffirent pour dénouer les rubans et m’offrir le fruit de mon désir : elle ne me commanda pas de lécher le slip, mais m’invita à honorer ses lèvres sans défense, sans la protection de la moindre étoffe. Le soir de mes trente ans, j’ai goûté la liqueur directement à sa source, pour la première fois, je ne jouais plus avec du satin, de la soie ou du latex, ma langue procurait un plaisir entier à ma maîtresse, ma langue finassait avec sa plus intime chair. Son corps tout entier répondait à mon ouvrage qui s’interrompit l’espace d’un instant, l’instant où Isabelle s’éleva pour s’asseoir sur le muret, l’instant qui précéda le moment où ses chevilles dépassèrent mes épaules, l’instant qui précéda le moment où mes mains prirent ses reins, où ses cuisses enfermèrent mon visage, où je repris ma quête du plaisir offert à ma maîtresse. Bien que délicieuse, le siège de la citadelle ne pouvait se poursuivre dans ses conditions. Il régna un silence religieux sur le chemin du retour.
J’aurais pu oublier que j’étais son soumis si Isabelle n’avait su me réserver un autre cadeau digne de ce nom. En effet, au domicile d’Isabelle, je découvris que ma chambre avait subi une modification. Sur le mur, entre les deux fenêtres, face à la porte, un espalier de gymnastique se dressait. En bois, comme dans tous les gymnases, profondément ancré à l’édifice. Mais je ne poussai guère plus loin l’examen, Isabelle jetant sur le lit la jupe enlevée dans l’ascenseur, pressée que je reprenne mon ouvrage là où je l’avais laissé, juste avant le cinquième étage.
Je m’agenouillai devant Isabelle adossée à l’espalier, la vigueur déployée pour accrocher mes lèvres aux siennes, cette vigueur bienvenue pressa le fessier de ma maîtresse, le bois glacé refroidissant la chair. Ivre, je retournai Isabelle en saisissant ses hanches, ses fesses nues me fascinaient, Isabelle modifia ses appuis au sol, éloignant la jambe droite de la gauche : ma langue s’empressa d’aller flatter les lèvres sous un nouvel angle. Je l’entendais frapper, j’ai regardé quand elle recommença, sa main crispée frappait le bois, je m’en félicitais. Elle m’échappa un instant, Isabelle profitant de sa dernière parcelle de lucidité pour se hisser à la force de ses bras. Pied coincé entre deux barreaux, elle se retourna, me dominant du regard, le chemisier en désordre, les mains collées au bois : elle souleva ses jambes, les écarta, je m’engouffrai entre elles, mes épaules la soulevèrent, l’aidant à gagner quelques barreaux encore. Ma bouche était pleine de sa saveur, mais elle me priait de continuer, de poursuivre, de la faire jouir une fois encore. Je ne pouvais résister.
Elle était ma prisonnière, quand elle me gémissait d’arrêter, je continuais. Mais quand elle retrouva sa voix chaude et stricte, je l’aidai à perdre de sa hauteur pour retrouver le sol. C’était mon tour, enfin… Elle me plaça selon son souhait, adossé comme elle le fut, le pantalon baissé, les bras en V, chacun immobilisé par une paire de menottes fixée au poignet. Puis ce fut au tour des chevilles de subir l’étreinte du métal, jointes et unies au premier barreau. J’exhalai un râle quand mon sexe devint captif : la bouche d’Isabelle s’empalait dessus, l’intimité retransmettait la réalité des obstacles, la pièce portait en son sein une ambiance sonore des plus sensuelles. Je ne pouvais me défendre, ma maîtresse en abusait. Je ne pus retenir un second râle, cette fois-ci tout dédié à ma jouissance. Je m’étais retenu, je m’étais torturé, espérant qu’Isabelle abandonnerait l’assaut, mais elle recherchait ce but et l’obtint : j’éjaculai en elle, incapable de préserver sa bouche de mon sperme. Mes muscles se relâchèrent mais la position de mon corps leur rappela la difficulté à le faire. Isabelle quitta la position et se hissa pour m’embrasser, délivrant sur mes lèvres un échantillon de la semence qu’elle avait recueillie, du goût qui l’avait envahie. Puis elle reprit son labeur, sans mot dire, reprenant de provoquer le plaisir par sa bouche. Je n’avais pas eu le loisir de perdre l’excitation, au contraire, les sensations redoublaient. Je jouis. Mais elle poursuivit, me laissant à peine le temps de reprendre mes esprits. Elle n’usait plus que sa main droite, secondée par la soeur pour des caresses stimulantes. J’eus la sensation d’éjaculer une troisième fois mais d’un coup de langue, Isabelle lapa ce qu’il restait à ôter. Mais elle continuait, le soulagement devint une douce torture où je perdais pied. Mon sexe ramollissait, mais elle poursuivait. Elle poursuivit jusqu’à ce que rien de digne d’un mâle ne sorte, jusqu’à ce que le sexe ne se dresse que pour éjaculer puis débande. Six fois, six fois à répétition auxquelles succédèrent de longs baisers. Isabelle se trouvait contre moi, à moitié nue, et je ne bandais pas. Je ne pouvais plus. Elle disparut un moment.
À contre-jour, je ne distinguais pas ce que ses mains accueillaient. Ce n’est qu’en approchant de moi que je vis l’objet, que je l’identifiai. “Tu pensais m’appartenir n’est-ce pas ? Hé bien pas tout à fait… Il te reste des progrès à accomplir et voici l’un d’eux” dit-elle en s’agenouillant. Je tordais mon cou mais sa tête m’empêchait de voir, de coller une image aux sensations que j’éprouvais. J’ai essayé de me mouvoir, mais comment aurait-ce été possible si bien menotté ? Un métal froid vint prendre place sur mes couilles, au-dessus, plus exactement, à la base du sexe. Non, je n’éprouvais aucune douleur. C’était une présence, une présence qui se généralisa puisque ma maîtresse guidait ses doigts de manière à cerner ma queue molle du même métal. Elle acheva son action en plaçant mieux l’anneau de bourses — non sans les avoir soupesées —, les deux extrémités du cercle métallique se rejoignirent à la base de mon sexe ; ma maîtresse glissa une fine courbe métallique au creux du minuscule trou qui ornait chaque extrémité proéminente. Je n’entendis même pas Isabelle refermer le cadenas autour de mon sexe. Quand elle libéra mon intimité de ses mains, le poids de la cage emporta mon sexe. Elle n’était pas lourde. Mais pesante. Pesante psychologiquement. Je visualisais parfaitement l’objet. Ma connaissance photographique de cet accessoire me permettait de l’imaginer sous toutes ses coutures. Et je comprenais avec excellence les conséquences de l’apposition de cette cage de chasteté.
Isabelle me quitta pour retrouver sa chambre, ivre de joie. Elle me laissa attaché à mon mur, empris aux réflexions sur ma soumission.
Un long moment s’était écoulé. J’avais baigné dans l’obscurité de la pièce, happé par une musique aux rythmes africains, tiraillé par la fatigue de liens trop solides. La porte s’ouvrit, Isabelle illumina la pièce de lumière artificielle pour afficher son naturel : après un bain, elle se présentait nue et mue en maîtresse. La cravache attachée au poignet, elle s’approcha fièrement. Elle me libéra, préférant les poignets en dernier ressort. Je m’écroulai pratiquement à ses pieds, épuisé mais troublé. Elle se rendit jusqu’à mon lit au pied duquel elle accrocha la cravache puis se glissa sous les draps. “Eteins et viens te coucher” prononça-t-elle. Je me redressai pour atteindre l’interrupteur et fit mes premiers pas l’appareil en place. Cela me parut immédiatement impressionnant. En la rejoignant sous les draps, je me sentais intimidé. Il faisait sombre. Nul besoin de mot pour exister. Sa respiration me dominait, ses yeux luisaient. Sa main prit possession de ma hanche droite. Nous étions allongés de côté, nous faisant face. Je sentis l’érection monter. Je gémis d’angoisse devant l’étreinte du métal. Isabelle laissa échapper un soupir de moquerie.


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