JULIEN – episode 19
Bientôt quatorze mois…
Quatre matins plus tard, Isabelle me prévint d’un rendez-vous au cabinet d’Anne en début de soirée : pris de panique, je redoutais le pire. « Tu iras t’acheter un caleçon au cas où elle te demandait d’ôter ton pantalon » m’indiqua Isabelle en plaisantant. « Il y a longtemps que tu ne t’es rien acheté, profites en pour te prendre une belle culotte en satin. Va au prisunic » puis elle se ravisa « non, plutôt une belle lingerie, bien propre, bien petite, une lingerie à laquelle je pourrais t’envoyer dorénavant… Prends de la soie » Quel sentiment étrange que de demander à une jolie jeune femme de m’exhiber des dessous à ma taille puis de feindre l’étonné en déclarant « je devrais en profiter pour me faire plaisir aussi » : quel hypocrite ! Sans être dupe, elle me montra les caleçons en soie. J’en pris un et le revêtit en catimini, pas si tranquillement que ça planqué dans ma voiture. Parking sous-terrain ou pas, il y avait toujours un risque. La cage se voyait sous la soie : on devinait l’inhabituel sous le caleçon, on la voyait même pointer lorsqu’elle tentait de fuir à travers le boutonnage trop lâche.
En chemin, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’Anne découvrirait les marques de la punition administrée la veille par ma diabolique maîtresse. La cravache : peu de coups mais appuyés. Et depuis ce matin, les traces avait remplacé la douleur sourde de l’après. Isabelle adorait « flatter mes flancs » de coups secs afin de renforcer l’effet par le port d’un corset si elle désirait me punir durement. Ça n’avait pas été le cas la veille puisque l’objectif était d’attirer le regard de sa complice sur les blessures présentes à la taille, débordant même sur le ventre pour l’une d’entre elles. Anne devait examiner cette zone : n’avais-je pas rendez-vous pour vérifier la guérison du virus intestinal ? Elle ne me demanda pas d’ôter le pantalon, juste la chemise. Je l’ouvris et elle m’examina ainsi jusqu’à ce qu’il fût nécessaire d’atteindre le dos. Elle avait déjà dû remarquer les marques : elle n’en dit mot. Puis elle me demanda de m’allonger et ausculta l’abdomen. Là, je me trahis d’un gémissement de douleur, elle ne me questionna pas : elle ne pouvait pas. Ses doigts venaient d’appuyer sur la zone délicate qu’elle avait aperçue auparavant : son silence fut comme un aveu de la découverte. C’est du moins la conclusion d’Isabelle qui m’assura que je ne m’en sortirai pas aussi bien à chaque fois…
Notre femme de ménage donna son congé peu après : elle ne donna aucune raison avouée mais j’en conclus avec ma maîtresse que le climat la gênait. Moi aussi. Isabelle laissait trainer des photographies au milieu de bouquins que la jeune femme manipulait en nettoyant les tables basses du salon. Tout était prévu pour que les épreuves glissent des ouvrages : son départ fut une libération. Isabelle parut embêtée par cet échec d’un plan dont je ne connaissais rien mais elle sut rebondir. Dès la semaine suivante, une nouvelle jeune fille prenait possession des lieux et tout recommençait. « C’est bien. Finalement, cette petite a eu raison de partir puisque la phase la plus délicate pour toi, c’est le doute, la découverte. Non ? » : Isabelle ne se trompait pas. Les regards complaisants ne m’excitaient pas. La savoir s’interroger et me savoir en danger, si.
Le danger, l’humiliation, Isabelle aimait m’y confronter de plus en plus souvent. Profitant du changement d’assistante ménagère, elle décréta qu’elle viendrait le samedi et le mercredi au lieu du lundi et jeudi. L’objectif ? Que je puisse être là plus souvent bien sûr.
Je savais que ma maîtresse s’était rendue à notre boutique préférée en semaine pour y acquérir quelque chose. Le samedi matin suivant, alors que nous nous étions couchés très tard en raison d’une soirée d’anniversaire, le réveil d’Isabelle sonna tôt. Béatrice n’arrivait qu’à neuf heures, il n’était pas huit heures. Isabelle m’avait ouvert son lit généreusement, me couvrant de la tendresse dont elle faisait preuve avec un contrôle admirable, me murmurant que le réveil serait un moment de liberté partagée. J’attendais avec impatience ce moment : depuis le 18 février, je n’avais connu la libération qu’une seule fois. Quatre semaines s’étaient écoulées… Elle m’avait fait languir une semaine de plus que la précédente fois. « J’augmenterai à chaque fois l’attente mais je briserai parfois le rythme en te libérant deux jours après peut-être. Programmer une date régulière serait passionnant tant tu en serais humilié, mais cela m’ennuierait bien vite… et toi aussi » prétexta-t-elle quelques temps auparavant.
Elle m’excita dès le réveil de ses caresses, de ses baisers : elle adorait malaxer mes couilles en murmurant que sa chienne avait besoin de jouir. Nous étions nus, elle se leva pour enfiler un string en vinyl qui rehaussa sa nudité. Autour de son cou, la fine chaîne en or portait jusqu’à ses seins la clef de ma cage. À genoux, je vins m’en saisir avec les dents en me contorsionnant : lorsque ce fut fait, elle détacha le fermoir et laissa la chaine ainsi en bouche. Dix pas en exhibant son cul fendu par le vinyl, dix autres avec son regard arrogant et Isabelle fixait derrière ma nuque le collier de dressage à la large bordure de cuir, celui muni d’anneaux et fermé par un cadenas au clac inimitable. Sous le menton, elle me fixa la laisse et me commanda de la suivre à quatre pattes à travers l’appartement, en direction de la salle de bains. Elle retira la clef de ma bouche et la posa bien en évidence près des accessoires qu’elle avait préparés, sans doute la veille. Isabelle me fit la rejoindre dans la baignoire sans que je ne reprenne position humaine, elle tenait la laisse et commença sa douche. L’eau avait une beauté envoutante : lorsqu’elle essuyait son visage de la main, elle m’étranglait tant la laisse se retrouvait tendue. « Lèche mes pieds » cria-t-elle tandis que l’eau montait et flattait mes narines. Je m’étouffais presque à satisfaire ses ordres nettement symboliques. Elle m’arracha en tirant sur le collier pour entamer ma douche, eau fraiche, jet puissant, poses crues, elle me lavait, elle me récurait sans ménagement. Elle me tendit la pomme de douche, remit de la chaleur à l’eau et fit glisser son string à mi-cuisses avant de me sommer « lave-moi bien : habilement, délicatement ». Seuls mes doigts et l’eau caressaient l’intime chair, j’aurais voulu filmer… « Avec ta langue », c’était un rêve qui dura un court moment : elle se retourna et me présenta son fessier, ses fesses et son splendide sillon dans lequel je m’engouffrai sous son rappel. « Nettoie-bien » répétait-elle tandis que j’officiais. Elle me laissa le temps de m’imprégner, de goûter à son ordre avant de remonter le vinyl sur ses hanches. Puis elle se saisit des menottes posées sur le tabouret près du rebord de la baignoire et les plaça de manière à immobiliser mes mains au creux de mes reins. J’étais toujours à genoux, la dureté de la baignoire entamait ma résistance quand une découverte s’empara de ma bouche : Isabelle y glissait une enveloppe en caoutchouc qui « est comme une sorte de baillon » selon ses propres termes. En place, un appendice synthétique dépassait la limite des lèvres avec à son extrémité une pièce métallique. Cette partie, ma maîtresse y vissa une sœur jumelle rattachée à un court flexible. Une poire qui tenait au creux de sa main trônait au bout du système : ses doigts entamèrent leur cérémonial sous mes yeux attentifs. Au début, la bouche découvre le caoutchouc, la mollesse d’un ballon qui se gonfle, la douceur du plastique ; il continue de grossir puis commence à presser votre langue, votre palet puis rapidement, à les comprimer, à immobiliser votre langue, à remplir votre bouche, mieux, à prendre son empreinte, à épouser sa forme, ses contours : vous êtes impuissant, vous n’avez aucun moyen de défense. Les mâchoires subissent l’assaut et cèdent, le latex glisse, les dents s’éloignent, la croissance cesse. Votre visage évoque une bouche ouverte, le baillon-boule l’emplit parfaitement. Elle s’amusa à me laver les cheveux, puis le visage, m’imposant ainsi des terribles périodes d’asphyxie, de parfaits instants d’humidité contrôlée.
Puis elle cessa : dénudant sa peau pour se doucher. J’ai admiré ma maîtresse, agenouillé, proche d’elle, accueillant parfois contre mon visage, le sexe qu’elle venait y coller afin de m’asphyxier délicieusement, allant même jusqu’à guider mon nez entre ses lèvres grâce à ses doigts experts.
Sortie de la douche, séchée, elle m’aida à m’extirper de la baignoire. J’étais humide : l’eau ne gouttait plus vraiment, mais elle stagnait, elle imprégnait ma peau. Fermement tenu en laisse, Isabelle me mena jusqu’à son placard, le placard où elle mettait sous clef ses affaires et les miennes. Ce placard grand comme le débarras de l’entrée, après nous être faufilés entre les panières de linge sale ou à repasser, Isabelle me fit m’agenouiller derrière la partie penderie, entre les cartons des affaires d’hiver et les vêtements suspendus à la tringle ancrée aux murs. Elle alla chercher notre seconde paire de menottes qu’elle fixa à mes chevilles, liant ainsi leur sort à celui de mes genoux : quasi immobilisés. Mes fesses reposaient sur mes mollets, elle corrigea cette erreur et me fit dresser le buste comme il se doit : comme un I, dans l’axe des cuisses. Cette position, Isabelle la savait épuisante. En enroulant la laisse autour de la tringle de manière à ce que le cuir soit bien tendu, elle me privait de la tentation irrémédiable de rompre la position pour redescendre le torse et reculer le buste. La laisse tenait mon corps en son intégralité, le collier implacablement serrant lorsque je tentais de rompre l’inconfort. Je suais. Enormément. Mon visage perlait de sueur. Isabelle souriait. Elle sourit une dernière fois avant de faire glisser les cintres sur la tringle, replaçant les vêtements, de manière à me dissimuler la vue. J’entendis la porte se fermer juste avant que le noir total ne s’empare du lieu.
Vous ne pouvez imaginer quelle intensité prend cet instant où la situation vous échappe, ce moment où votre souffrance est soumise à la volonté de l’autre. J’avais chaud, le cou serré, la nuque endolorie, les genoux sensibles, les jambes en coton. Mon unique compagnie se résumait au bruissement du cuir, au tintement des menottes et au bruit sourd de mon souffle stoppé net par le latex. Le coeur battit plus fort encore lorsque la porte du placard se rouvrit.
C’était la voix de Béatrice qui répondait à ma maîtresse. « D’accord. Après la lessive, je m’occupe de ça. » dit-elle de sa voix serviable. J’ai cru mourir avec la renaissance de la lumière. Un mur de vêtements me protégeait mais me bouchait également la vue : j’ai cru entendre Béatrice s’approcher, j’ai senti sa présence. En fait, elle enlevait du sol la panière de linge sale. Le linge qu’elle allait devoir trier pour séparer le blanc des couleurs, mes sous-vêtements de ceux de ma maîtresse aussi… Durant son absence, Isabelle fit un passage pour me narguer. Elle me parla sans même écarter les cintres. « Si elle te trouve, reste naturel » s’amusa-t-elle à dire, persuadée d’avoir fait un bon mot.
Quelques suées plus tard, Béatrice déplia la table de repassage posée non loin de moi, entre le mur gauche et les premiers vêtements suspendus. J’étais paralysé par la peur, n’osant plus respirer jusqu’à ce que j’entende le bruit sécurisant de la table dépliée à l’entrée du placard, dans la chambre. Près de la prise électrique.
J’avais envie de gémir pour qu’Isabelle vienne me libérer mais je ne pouvais que l’envisager. Régulièrement, Béatrice venait chercher dans les panières le linge propre à repasser, puis venait disposer les piles dans les étagères prévues à cet effet. Elle ne parlait pas. Ne chantonnait pas. Ne sifflait pas. Elle bougeait sans bruit. Elle travaillait vite. Quand le silence se rompit, ce fut pour une intervention d’Isabelle. Elle la félicita pour le travail accompli et constata qu’il lui en restait encore suffisamment.
Soudain, j’ai paniqué. « Je vous laisse la maison. Je vais faire quelques courses. » dit Isabelle en accompagnant ma sentence du bruit des talons s’éloignant de ma prison.
… à suivre ?
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11 octobre 2009 - 21:05
pas de suite :(?
8 août 2010 - 23:30
Effectivement, dommage qu’il n’y ait pas de suite…
Dans tous les cas très bon récits.
Merci à l’auteur !