BENEDICTE – 11 : la promenade
Aurélie m’a basculée afin que je me retrouve à nouveau sur le dos. Pendant qu’elle libérait mes mollets entravés à mes cuisses, Ana a trouvé très amusant et excitant de venir frotter ses lèvres brulantes contre mon nez, au prix de courtes asphyxies. Son parfum m’a inondée ce soir-là, plus que de coutume. Mon unique préoccupation : respirer. Et c’est la meilleure manière pour sentir la moindre effluve.
J’ai accueilli avec soulagement de pouvoir mouvoir mes jambes. Elles m’ont aidé à me lever, j’ai pu apercevoir les marques de cordes dans le miroir avant de quitter la chambre. Quand Ana m’a dit que nous allions sortir faire une promenade, j’ai cru qu’elle plaisantait. Aurélie a confirmé mes craintes quand je l’ai regardée s’agenouiller afin de me faire chausser des sandales à haut talon, des sandales munies d’une lanière refermée sur la cheville. Au ventre, j’avais la peur et le plaisir mêlés. Etroitement mêlés. Soudain, j’ai senti mes poignets libres. Ana avait coupé la corde. Mes bras me faisaient mal maintenant. J’ai frotté mes poignets qui portaient la marque torturée du coton.
J’ai ensuite essayé d’enlever mon baillon mais les mots d’Ana m’ont arrêtée. “Enlève plutôt ton soutif” m’a-t-elle dit d’un ton sec qui m’a fait obéir sur le champ. Mes seins eux aussi étaient marqués par leur escapade prolongée hors des bonnets. “Je les préférais avant” a dit Aurélie en me donnant mon manteau bleu marine. Je l’ai enfilé sans tenir compte de ce que je ne portais pas en dessous et l’ai boutonné jusqu’en haut. “Donne tes mains” a ordonné Ana avant de menotter mes poignets. “C’est parfait, la longueur des manches les masquera suffisamment” conclut-elle. De mon regard interrogatif, elle n’a pas tenu compte. Je me suis retrouvée calfeutrée par mon écharpe rouge qui me gênait pour respirer mais dissimulait parfaitement mon baillon une fois la capuche de mon caban rabattue sur ma tête.
Je les ai regardées s’habiller. Incrédule. Elles m’ont ensuite poussée hors de l’appartement. Le hall de l’immeuble passé, le froid s’est engouffré sur mes jambes et sur mes cuisses nues jusqu’à leur moitié. Le satin de ma culotte tendu par les cordes ne m’a protégé que de trop courtes minutes. Nous marchions dans la rue. C’était surréaliste. Chacune d’elles tenait le bras qui était à leur côté. Les menottes me mordaient les poignets lorsqu’elles n’étaient pas d’accord sur la direction à prendre. Ana voulait aller dans le parc. Aurélie tendait à aller vers la gare. “J’ai froid. J’ai envie de prendre un thé”. Et c’est comme ça que je me suis assise sur une banquette d’un café-tabac miteux en sentant les cordes mordre mes lèvres. “Elle ne prend rien” répondit Ana de son plus beau sourire au serveur. “Ça ne lui ferait peut-être pas de mal, elle a l’air frigorifiée”. Il fondait son opinion sur ma tenue. Si il savait comme j’étais bouillante depuis que j’avais franchi le seuil de ce lieu. J’étais trop excitée pour que la peur continue de me dominer. Je l’oubliais, et là, c’est vraiment devenu délicieux.
Les mains sous la table, je caressais mes menottes pendant que mes complices s’échangeaient leurs impressions sur leur breuvage respectif. Une adorable moustache de lait dominait la lèvre supérieure d’Ana. Je sentais mon écharpe s’humidifier. Je continuais de baver sans savoir comment gérer ce problème. Je ne savais pas déglutir avec cette boule en moi. J’avais envie de voir Ana avec un pareil accessoire en bouche. Je me demandais si elle me ferait encore aussi envie ainsi.
Quitter ce lieu ne fut pas chose facile. J’ai tout d’abord eu du mal à me relever sans montrer mes menottes. Mon écharpe manqua même de glisser mais Ana l’a remise en place à temps. Dehors, j’ai été entraînée vers le parc où Ana voulait m’emmener depuis le début. Écouter les conversations permet de comprendre. Aurélie et Ana savaient ce qui les excitait. Elles en avaient parlé. Elles avaient tout planifié. Dans les grandes lignes. “Je ne pensais pas qu’elle se laisserait faire aussi facilement” admit Aurélie à une Ana rayonnante. “Elle obéit très bien. Je ne me souviens plus si je t’ai raconté comment je l’ai mise dans le lit de mon père”.
Je me suis sentie humiliée qu’elle lui raconte ça. Elle lui a raconté tout ce que je lui avais confié sans même lui épargner qu’il me payait. “Une vraie petite pute” a lancé Aurélie en se retournant pour mieux me fusiller du regard. Elle rigolait. J’avais envie de fuir. Mais pour aller où ? Attachée et bâillonnée ? Surréaliste. Toujours plus surréaliste.
Nous ne sommes jamais arrivées au parc. Il existe quelques belles ruelles sombres dans Paris. En traversant celle qui nous aurait menées au parc, Ana m’a serrée contre la grande porte d’un atelier pour m’y enlever mon écharpe et mon baillon. J’ai enfin pu respirer et assécher mes lèvres. Ça n’a duré qu’un court instant. Le temps de recevoir l’ordre suprême. Celui qui ne se discute pas. Je me suis agenouillée. Aurélie se tenait à côté de moi et me dissimulait encore un peu plus d’un improbable regard. J’ai embrassé la main d’Ana qui descendait son jean à mi-cuisses. “Lèche-moi putain”.
Sur le chemin du retour, un goût amer habitait ma bouche. Mes lèvres étaient à nouveau distendues par la boule rigide et inamovible. Je baissais la tête pour la cacher. Je regardais mes pieds en priant le ciel de ne croiser personne. Aurélie plaisantait en assurant Ana qu’à la maison, je finirais ce que j’avais du interrompre dans la rue. “Tu lui mettras des pinces aux seins, ça la fera lécher plus vite”
tags : benedicte





