BENEDICTE – 03 : le placard

Quelques jours plus tard, je tenais ma revanche. C’était un mardi matin, je m’étais levée de bonne heure pour terminer la préparation du salon : j’avais déblayé mes affaires et attendais la personne venant livrer et poser la nouvelle moquette. Ana dormait toujours et avait une fois encore manqué ses cours.

Son réveil ne fut pas de tout repos : elle s’est réveillée en sursaut alors que j’enroulais autour de ses poignets une quantité hallucinante de ruban adhésif. Contrairement à nos jeux de la nuit, la chose ne l’amusait pas et elle hurla si fort qu’elle me donna envie de la faire taire.


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BENEDICTE – 02 : le ménage

La première fois que j’ai sorti ce schéma de nos jeux amoureux, nous étions chez moi, peut être était-ce un mercredi, c’était un soir de semaine en tous cas. L’idée m’a effleurée de voir Ana se dandiner nue devant moi. Cette fois-ci, je ne l’ai pas déshabillée : je lui ai demandé et elle m’a écouté. Ce n’était plus un jeu qui pimente un acte d’amour. J’avais envie de la voir nue en train de faire la vaisselle. Au sortir du repas, je l’ai envoyée devant l’évier pour récurer plats et assiettes et j’ai joui du spectacle : son corps filiforme, son cul admirablement fendu et son pubis sombre collé à l’inox.


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BENEDICTE – 01 : le pacte

Nous étions amantes depuis plus de trois mois lorsque l’idée est venue. Je crois que l’idée a surgi parce que vivre une relation homosexuelle est difficile à cet âge. Nous n’y étions pas préparées, si bien que nous ne connaissions pas de lieux adaptés à nous aimer. Notre terrain de jeu se limitait à l’appartement dont je disposais pour mes études virtuelles et à la maison de son père. Puisque nous ne pouvions nous aimer au grand jour et en public, la nécessité de satisfaire notre libido associée à nos goûts et au passé familial nous a entraîné sur une voie clandestine. J’ai toujours aimé le luxe, notamment en termes de vêtements.


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BENEDICTE – introduction

Bénédicte. J’ai longtemps éprouvé un réel malaise à l’énonciation de mon prénom. J’ai mal vécu l’androgynie de ce prénom. J’ai mal vécu l’absence d’androgynie de mon corps. J’ai toujours été grande. J’ai toujours fait plus que mon âge. Si bien qu’à 18 ans, j’en paraissais presque vingt-cinq. Mon mètre soixante-seize et mon visage rectangulaire renforçait une impression… trompeuse.

Si trompeuse qu’en sortant le soir, j’attirais exclusivement les véritables adultes, entourage qui me ravissait. C’est aussi cet entourage qui m’a pervertie avant l’âge : mentalement, je ne me suis jamais considérée en retard, loin de là. Aussi, quand Jacques m’a draguée, malgré la quarantaine dépassée, cela ne m’a pas gênée. Ce que je n’avais pas prévu, ni même imaginé, c’est que sa fille allait tomber amoureuse de moi dès notre première rencontre. Je venais de passer la moitié de la nuit avec son père, et pourtant, lorsque nous nous sommes vues, j’ai aussi ressenti cette énergie qu’elle me décrira plus tard. Elle aurait pu être choquée, me voir comme une ennemie, ou que sais-je encore ! Non, j’étais une camarade. La proie d’une fille au parcours similaire au mien.

Nous évoluons au sein d’un milieu aisé. Argent, diplôme, emploi et nirvana ne sont pas un souci pour elle comme pour moi. Cette facilité a longtemps contribué à me forger un esprit déconcertant. Aussi, lorsque j’ai rencontré cette fille, miroir de mon âme, je ne pouvais pas rester indifférente.

J’ai continué de coucher avec son père pour la voir. La nuit, j’étais une femme insatiable et le jour, une gamine. Pourtant, nos paroles secrètes, nos envies cachées, nos vices rituels, ces détails intimes et malsains nous rapprochèrent.

J’ai échangé le père contre la fille sans qu’il n’en sache rien. Je la voyais en cachette, rendez vous mystérieux et lieux publics, les salles obscures et les toilettes des boites chics furent de véritables oasis dans ce désert clandestin.

A cette époque, les souvenirs majeurs, ceux qu’on oublie jamais, étaient au nombre de deux. Il y avait le souvenir de ma première fois plutôt médiocre. La douleur de la seconde où l’on m’a annoncé la mort de mon alcoolique de mère dans un accident. Rien qui ne méritaient un bonheur insouciant, ni même une banale dépression. C’est à cette époque de mes 18 ans que deux autres moments forts se sont imprimés dans ma mémoire : le matin où Jacques se retrouva nez à nez avec sa fille dévorant ma chatte au détour d’une porte mal fermée, et la nuit où j’ai scellé un pacte avec le diable.


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