PERVERSION – episode 01

Elle arriva. Un peu en avance. Son chignon roux impeccablement agencé. Son tailleur bon marché lui allait à merveille mais il lui enleva la veste dès son entrée dans le salon où tout était déjà prévu.
Les rideaux tirés, elle finit par enlever sa jupe après qu’il eut prononcé la phrase suivante : “tu connais les règles”. Elle s’en souvenait : il connaissait les limites, il les respecterait mais en échange, elle se livrait et obéissait sans discuter à ses consignes.
Pour une fois, elle portait des bas. Noirs comme son slip et le porte-jarretelles disparaissant sous le chemisier. Elle conserva ses souliers. Elle l’avait écouté. Les talons étaient hauts. Les plus hauts de sa collection.
Elle prit place sur la chaise. Il s’éloigna, passa derrière elle qui voulait le suivre du regard. Il la remit en place, le dos bien droit contre le dossier. Elle sentit ses poignets être lentement happés par les mains fermes de son partenaire : les bras ramenés dans le dos, le sommet du dossier flattant l’aisselle, elle commença à sentir son cœur s’emballer.
La cordelette encerclait le poignet droit qu’il maintenait toujours aussi fermement. Puis ce fut le tour du poignet gauche, enfin, ils se rejoignirent sans l’intervention du compagnon. Les poignets scellés individuellement et joints par la cordelette qu’il noua au barreau arrière qui joignait les pieds de la chaise. De manière à ce que les mains de sa victime puissent jouer avec elle mais sans pouvoir se libérer. Tout juste pouvait elle parcourir le barreau en bois de gauche à droite.
Il réapparut dans son champ visuel. Elle se tenait parfaitement droite, la tête inclinée pour le suivre du regard tandis qu’il s’agenouillait pour enlever sa jambe droite : il la kidnappa jusqu’à ce que la cheville se trouve à l’extérieur du pied droit de la chaise. La pointe du soulier effleurait la moquette. Elle ne pouvait le voir. Elle sentait juste sa jambe être ramenée en arrière et les muscles concernés travailler.
À l’aide d’une cordelette identique, il entreprit d’emprisonner sa jambe en faisant plusieurs fois le tour : quand la cheville fut fixée au bois sur cinq centimètres de hauteur, il entreprit de doubler l’opération. Le nœud qui trônait à l’arrière de la cheville poursuivit sa course jusqu’à l’intersection du dossier où prenait appui le premier barreau qui le constituait.
Le talon de la jeune femme ne touchait plus terre. Il s’attachait à ce qu’il en fut de même pour son jumeau. En se relevant, il admira brièvement l’écartement des jambes de la miss. “J’aime bien les slips un peu transparents” lui dit-il avant de compléter son dispositif en emprisonnant le bas nylon juste en dessous du genou.
Trois tours suffirent pour le satisfaire et le décider à rejoindre le barreau arrière de l’assise, celui-là même qui accueillait déjà la cordelette maintenait les bras dans leur stricte position.
Méticuleusement, il répéta l’opération pour l’autre membre inférieur en expliquant à sa victime qu’elle pourrait “toujours essayer de serrer les jambes après ça” .
“Il a raison” pensa-t-elle en constatant l’impuissance qui caractérisait ses discrètes tentatives.
L’homme disparut de son champ visuel après s’être assuré que tout allait bien pour elle en lui murmurant la question à l’oreille. Elle vit réapparaître ses mains et le cuir d’un bâillon qui allait bien vite l’étreindre. Elle vécut la prise de pouvoir de la boule en latex rouge comme une invasion. Submergée par l’émotion, elle essaya de dire un mot puis deux, mais ce ne furent qu’un grommellement qu’elle entendit. Le cuir se plaqua à la commissure de ses lèvres, elle sentit sur sa nuque la pression de la main actionnant le mécanisme de fermeture.
Les lèvres écartées, les mâchoires bloquées et les joues creusées, elle se remettait de l’émotion en regardant son compagnon de ses yeux grands ouverts. Dans son regard se mêlaient les sentiments les plus contradictoires : envie, inquiétude, désir, appréhension, curiosité… Un dictionnaire ne suffirait pas. Il suffit de se mettre à sa place pour comprendre ce qu’elle a ressenti dès cet instant précis. Bâillonnée, immobilisée, elle essayait de mouvoir son buste indiscutablement rigidifié par la position de ses bras.
Toutes ses tentatives étaient vaines. Elle l’avait choisi pour son savoir-faire. Elle le regrettait presque en ces instants troubles. Cette période où elle s’interrogeait sur ce qu’elle voulait vraiment.
L’homme s’approcha, posa un tabouret devant elle et s’assit. Son regard soutint le sien avec une si grande intensité qu’elle baissa les yeux. Elle l’entendit sourire. Elle le sentit poser une main sur sa poitrine. Elle le regarda de nouveau, cherchant à croiser son regard.
Le regard qui cherchait la faille et guidait les doigts pour ôter chaque bouton du chemisier bordeaux de la blanche héroïne. Lorsque ce fut fait, il ouvrit le chemisier de manière à jouir de la vue d’une poitrine rehaussée par des bonnets trop justes et mue par une respiration saccadée. Il caressa le satin du serre-taille qui composait la partie supérieure du porte-jarretelles avant de féliciter sa compagne pour le choix de son ensemble coordonné.
“Je pourrais te faire porter bien pire tu sais” dit-il en caressant le satin au niveau du téton droit. Les lèvres de la miss commençaient à briller. La salive n’allait plus tarder à l’humilier de sa lente et permissive évasion.
Armé de cordelette saisie à ses pieds, il contourna le buste de la jeune femme au niveau des épaules, juste à la naissance de la poitrine. Plusieurs fois, afin de posséder les centimètres requis pour immobiliser plus encore les bras de la rousse contrainte à attendre la suite.
Puis il pratiqua à l’identique mais cette fois-ci juste sous la poitrine, se servant de la limite du soutien-gorge comme d’un éclaireur qui indiquait la voie. Quand il la forçait à décoller le buste du dossier, il l’entendait bien gémir mais il ne disait rien. Les liens ne lui permettaient pas cette liberté, il le savait, et alors ? Elle voulait jouer. Elle jouait.
Sous ses yeux, il découpa un morceau de cordelette : trente centimètres, pas plus. Anodine sous cette forme, elle l’était beaucoup moins lorsqu’il s’en servit pour relier les ceintures de corde qui cernaient les seins de la demoiselle. En l’utilisant au milieu de la poitrine, serrant si fort que la ceinture inférieure souleva les seins à la rencontre de la ceinture supérieure qui venait pour les étrangler, il parvint à lui arracher un gémissement de protestation.
“Te voilà comme tu en rêvais : entravée et complètement soumise à mon bon vouloir” déclama-t-il en quittant la pièce. Il revint avec un foulard en soie. “Ça, c’est ton cadeau souvenir, tu l’emporteras avec toi tout à l’heure, mais avant ça…” et sur ces mots, la miss perdit la vue. Elle percevait bien la lueur de la pièce à la limite de ses narines, mais elle ne le voyait plus, elle percevait simplement sa présence.
C’est alors qu’elle se mit à s’imaginer. Elle se voyait, imaginait la perversion du système mis en place pour la piéger. Elle s’excitait. Quand elle essayait de penser à autre chose, la dureté des liens la ramenait à ses pensées fantasmatiques. Il avait posé un métronome sur le meuble qui se trouvait derrière elle, son claquement répétitif la berçait. Elle trouvait étrange qu’une sorte d’apaisement ne se soit emparée d’elle au bout d’un moment. Elle commençait même à trouver agréable de se savoir observée par un homme en train de fumer en cigarette.
Instinctivement, elle se raidit quand deux doigts glissèrent sur son slip en destination de ses lèvres intimes. Il ne transgressait pas le satin. Il respectait ce qu’il croyait être important. Elle rêvait qu’il ne la caresse un peu, juste suffisamment pour la soulager de sa frustration de ne pouvoir le faire elle-même. Quand elle sentit l’élastique du slip se tendre, elle s’attendait à ce qu’il ne la rejoigne intimement.
Surprise, il ne se passait rien. Elle sentait la présence de quelque chose mais ce n’était pas une main. Lui voyait parfaitement son téléphone mobile coincé entre l’étoffe du slip et le sexe de la miss. Il avait pris soin de placer la batterie du côté de la zone sensible. “Je vais faire un tour. Je t’appelle” dit-il d’un ton amusé qu’elle perçut avec son oreille attentive.
Elle s’interrogeait. Elle s’inquiétait d’être seule. Hormis le métronome, il n’y avait plus un bruit depuis un moment dans l’appartement. Le plus déroutant pour elle s’avérait être la perte du temps : elle ne réussissait pas à savoir si ce qu’elle croyait être une minute était vraiment une minute. Elle ne savait pas si elle était immobilisée depuis vingt minutes ou bien une heure. Deux choses témoignaient du temps : la douleur douce qui s’emparait de ses membres et la salive coulant de sa gorge vers sa poitrine.
Soudain, elle sursauta. Une vibration envahissait son bas-ventre. L’incompréhension se mêlait au plaisir. Ignorante, elle ne cherchait pas à comprendre tant que la vibration durait. Elle ne pouvait pas la faire jouir… mais elle entretenait une excitation envahissante. Et lui apportait au fond une certaine forme de soulagement.
L’homme s’amusait terriblement à l’imaginer réagir à ses appels sous l’œil numérique du caméscope installé après l’aveuglement de sa victime. Il l’appela plus de dix fois. En rafale, trois fois d’affilée, puis en espaçant d’une ou deux minutes les appels. Pour elle, ces minutes paraissaient une éternité.
Quand il revint dans l’appartement, il lui enleva le jouet qui trônait dans sa culotte et le porta à ses narines. “Tu aimes cette odeur ?”… le son étouffé produit témoignait d’une réponse affirmative. “Tu as envie de jouir”… elle reproduisit le même son encore plus doux et étouffé. “Je vais libérer ta main avec laquelle tu te caresses habituellement”…”Tu te caresses souvent”. Oui voulait-elle répondre intelligiblement. “Celle-ci ?”. Encore un “oui” entravé. Son trouble grandissait. Le poignet rougi et libéré s’enfuit vers le slip à vive allure. Elle se caressait frénétiquement puis lentement. Sans retenue. Elle oubliait ce qui l’entourait.
La jeune femme vivait son fantasme. Elle aurait voulu se doigter. Elle ne le pouvait pas. La position ne le permettait guère. Elle s’essoufflait. Lui regardait. Filmait. Les mouvements de son corps traduisaient l’augmentation de son plaisir et la réduction du temps restant. Objectif rangé, respiration saccadée, l’homme se rapprochant à pas lents, la jeune femme calmant ses ardeurs, tels étaient les stigmates de l’après-jouissance.
Il empêcha sa main d’ôter le foulard, préférant tout d’abord libérer sa bouche. Lorsque ce fut fait, le silence demeura. Elle n’osait pas parler. Elle éprouvait une forme de honte. Mais aussi la satisfaction d’avoir accompli ce qu’elle désirait. Quand elle disposa à nouveau de son bras gauche, elle entreprit d’essayer de libérer sa poitrine de l’oppressante présence de la cordelette. Dans ce moment trouble, elle appréciait néanmoins sentir les doigts masculins venir l’aider à soulager ses seins en les flattant au passage de caresses qu’elle ne jugeait pas importunes. Quand elle reprit possession de ses jambes, elle serra les jambes comme pour se rassurer que rien d’autre n’arriverait. Cela l’amusait plus encore que la précipitation avec laquelle la jeune femme avait refermé son chemisier. Peut-être que ce sourire n’était que la satisfaction de la voir attendre son autorisation pour ôter le foulard qui la séparait de lui.
“Lève-toi” lui dit-il doucement en prenant sa main. Il la guida le long du couloir. Elle ne se rendait sans doute pas compte de l’obscurité. Elle entendit une porte. “Je te laisse tranquille, prends tout ton temps” lui dit-il en refermant la porte de la salle de bains dans laquelle il la laissa méditer à la révolution sensorielle qui l’avait submergée.
Pendant que le bain coulait, elle regarda les marques de bondage sur sa peau. Elle se réfugia dans l’eau brûlante pour repenser aux émotions ressenties. Elle se caressa pour combler le désir qui s’emparait d’elle à nouveau.
Elle partit en feignant d’avoir tout oublié. Il savait qu’elle avait apprécié le jeu. Elle aimait. Maintenant, elle le savait.


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