PERVERSION – episode 03
Elle n’attendit pas plus d’une semaine pour lui proposer de rejouer avec son corps. Elle y prenait goût. Depuis cet après-midi où elle était rentrée frustrée, incapable de se caresser autrement qu’en repensant à ces deux séances de bondage, elle songeait à recommencer. Et l’aide de son complice lui était indispensable.
“Il faudra t’aventurer plus loin” la prévint-il. “Tu découvriras un monde moins manichéen” devait servir de mise en garde. “Au diable, je veux continuer” avait-elle répondu en guise d’accord. La jeune femme avait scellé son sort. Elle avait décidé de sa décadence.
L’homme avait déjà sorti d’un tiroir deux bobines de cordelette noire quand la femme le stoppa dans son élan : “j’ai envie que tu le fasses mais je voudrais être nue, je voudrais que tu me regardes comme ça”. Il hocha la tête : elle s’effeuillait devant lui. Il se désintéressa du spectacle le temps de mettre un fond musical. Ce n’est pas l’acid jazz qui ralentissait la miss mais le manque de courage. Comme elle mettait trop de temps à enlever sa culotte, c’est lui qui tira dessus. La jeune femme se retrouva le cul nu et le slip sur les cuisses. Elle acheva le travail en dégrafant son soutien-gorge.
Sa lourde poitrine laiteuse se faisait plus discrète quand elle s’allongeait. Il avait en effet émis le souhait qu’elle prenne position sur un coffre en bois qui lui servait pour entreposer de vieux bouquins. Un coffre à peine plus large que ses hanches. Assez long pour s’allonger.
Elle avait les jambes droites et serrées. Il passa à chaque pied des talons hauts qui prenaient possession de la cheville. Le pied gauche fut le dernier servi. La jambe légèrement pliée, il entreprit de nouer la cordelette noire un peu au milieu du mollet. Deux tours serrés.
Un nœud. Il coupa la corde et recommença quelques centimètres sous le genou. Produisit le même geste au-dessus du genou cette fois, puis à mi-cuisse pour terminer. La jeune femme le regardait faire. Elle sentait les zones où la corde l’enserrait. Elle avait envie d’une caresse sur la zone la plus intime de son être. Il ne s’y aventura pas, préférant redescendre et faire à la jambe droite ce qu’il avait fait à sa sœur.
Elle caressait son pubis. L’homme ravit sa main pour enrouler la corde autour du poignet. Nouée, la corde s’en alla mourir au cœur d’une poignée métallique qui servait à déplacer le coffre : ses doigts pouvaient effleurer sa cuisse, mais en aucun cas se libérer. L’autre poignet symétriquement éloigné du bord, l’homme entreprit alors de refermer son piège.
Il plia la jambe gauche du modèle qui voulait être nue. Il fit en sorte que l’arrière du mollet vienne se coller à la cuisse. Il se servit alors des petits morceaux de cordelettes que la jeune femme l’avait vu découper quelques secondes auparavant. Elle sentit la corde qui enserrait son mollet dans la partie supérieure la mordre plus fort : l’homme passait deux doigts entre le lien et la peau afin d’y glisser le morceau en coton, pratiquant de même pour le lien qui mordait la partie inférieure de la cuisse. Il fabriqua un nœud. Et la terrible sensation pour la victime d’être contrainte à demeurer ainsi pliée.
En jouant avec l’angle d’inclinaison de sa jambe, la jeune femme parvenait encore à toucher le bois avec la semelle de son soulier gauche. L’homme changea de côté et emprisonna avec la même minutie la jambe droite. Au fil des secondes, tandis qu’il emprisonnait la jambe droite, la rousse docile éprouvait une difficulté naissante à maintenir ses membres inférieurs convenablement serrés.
Mais quand l’homme pressa sur la cheville droite pour rapprocher le cerclage en coton du vis-à-vis qui pressait la cuisse à sa moitié, elle prit conscience qu’il lui serait bientôt difficile d’être décente. En effet, quand l’homme eut fini de lier la corde enserrant le mollet juste au-dessus de la cheville au cerclage de la cuisse, la position engendrée débouchait sur une vue parfaitement dégagée sur son sexe.
“Tu te sens à l’aise j’espère” lui dit-il d’un ton légèrement sarcastique sans même jeter un regard prolongé à l’entrejambe qui s’ouvrait à son regard. “Je ne sais pas” répondit-elle de sa voix suave. Une voix troublée. Elle l’allait être bientôt beaucoup plus. Le complice l’ayant délaissée un court instant pour se saisir d’un collier en cuir de belle facture. De belle largeur aussi. Quand il fut refermé sur sa gorge, la jeune femme put en prendre conscience.
Sa nuque s’était raidie sous la pression de cet artifice indispensable pour ce que je projetais l’architecte de ce bondage. Il lui montra à la verticale la longueur du morceau de corde qu’il venait de couper. Au centre, il fit une boucle qu’il engagea sur la gorge protégée par le cuir et entrepris de faire plusieurs fois le tour, d’un bout de la corde comme de l’autre. Partant ensuite vers la poitrine chacun de son côté, le morceau gauche rejoignit le droit au creux de la poitrine pour cheminer entrecroisés jusqu’au nombril de la jeune femme.
C’est l’endroit que choisit l’homme pour séparer les deux bouts de corde : l’un alla vers la cuisse droite, l’autre vers sa sœur. Le morceau de corde en question prenait appui sur le lien qui permettait à la partie inférieure du mollet d’être liée à la moitié de la cuisse. En tirant sur la corde, il obtint le résultat escompté : la jeune femme voyait sa jambe s’ouvrir un peu plus sur l’extérieur et l’escarpin quitter la surface solide en chêne.
Quand il eut scellé le sort de l’autre partie, la jeune femme se débattait vainement pour resserrer ses cuisses. “Nul espoir ma chère. Tu es ouverte. Tu voulais être nue. Là, tu l’es selon ma propre définition. Tu m’es offerte. Sans échappatoire possible”.
Son visage avait changé de teinte. Elle rougissait au fur et à mesure d’essais infructueux pour serrer ou reposer ses membres sur le bois. L’homme prit position sur un tabouret rivé dans l’axe des orifices exposés. Moins de deux mètres les séparaient. Elle s’épuisait à essayer.
Quand l’homme lui demanda si elle se rasait, elle redoubla d’efforts pour se dissimuler.
“Tu n’as pas entendu. Ça m’étonnerait pourtant.” Il haussa la voix “Je t’ai demandé si tu te rasais la chatte et j’entends obtenir une réponse”. Elle répondit d’un oui teinté de rancœur. Il lui avait arraché l’information. Il l’avait intimidée. Elle se sentait déstabilisée et troublée. Elle s’en voulait d’être envahie par l’excitation. Sa morale reprenait brièvement le dessus.
“Je veux savoir si tu le fais souvent” demanda-t-il, certain de connaître la réponse. Un long silence passa. La première syllabe de la question reformulée s’apprêtait à humilier la jeune femme quand celle-ci répondit d’un ton monocorde qu’elle faisait “le maillot une fois l’an”.
“Ce n’est pas assez” conclut-il. “Je verrai” répliqua-t-elle doucement pour l’amadouer. “Ce n’était pas une suggestion, mais un décret” lui asséna-t-il en se levant.
“Libère moi s’il te plait” demanda-t-elle. “Ce serait trop facile” répondit-il en se moquant. Il quitta la pièce. Il revint avec un plateau qu’il posa sur le tabouret qu’il déplaça tout près du banc sur lequel il s’assit à califourchon, ses genoux maintenant les jambes de la rousse très distinctement écartées.
“Ne fais pas ça. Je ne veux pas !” répétait-elle consciente du danger qui la menaçait. Il la félicita pour son sixième sens en lui montrant la paire de ciseaux qu’elle entendit bientôt se mettre à l’œuvre. Rien n’y faisait. Elle avait beau essayer de se relever, de libérer ses mains, d’onduler sa taille, l’homme continuait. “Arrête ! Tu en as envie mais tu ne l’admets pas. Tu étais pourtant prête à aller au diable non ?”. Elle continua pourtant à gesticuler et à parler. Excédé, l’homme cessa et se releva. Il faisait les cent pas autour du banc en la regardant. Elle croyait avoir gagné.
Il se pencha sur elle comme pour l’embrasser. Mais alors que ses yeux plongeaient dans les siens, deux doigts se glissèrent en elle aussi vulgairement qu’aisément. “Tu n’en pas envie… Je n’en crois pas un mot” lui dit-il en extrayant ses phalanges humides. Il ramassa le slip qui traînait par terre, s’essuya avec puis l’engouffra entre les lèvres trop bavardes de la miss qui bientôt allait être lisse.
Il reprit place et ciseaux et se remit à l’œuvre. Résignée, épuisée aussi, la rousse attendait en regardant le plafond et la grande penderie qui ornait le mur nord. Celle dont le sommet recelait le caméscope indiscret qui filmait à son insu toute la scène.
Elle entendit un bruit. Les ciseaux sur le bois. Puis le bruit caractéristique d’une bombe de mousse à raser. Celle-là même qu’elle entendait chaque matin quand son mari se rasait. Ses yeux se plissèrent. Elle avait la sensation de toute distinguer, de tout entendre. L’homme quant à lui voyait et entendait la lame arrachant le poil fraîchement raccourci.
Il marqua une pause le temps de changer de lame et de remettre de la mousse après avoir essuyé le “premier passage” comme il le nommait. Jamais elle ne s’était sentie aussi humiliée. Jamais un homme ne l’avait regardée, vue ou traitée ainsi.
Jamais non plus, elle n’aurait pensé être excitée par pareille situation. Et pourtant, quand l’homme soulevait son fessier pour permettre au rasoir d’atteindre sa rosette, c’est comme de l’électricité qui la traversait. Minutieusement, il lui rendait l’aspect d’une enfant.
Inlassablement, elle imaginait ce que donnerait le reflet d’une glace. Immanquablement, elle tentait de se souvenir du doux toucher de son adolescence quand elle était vierge de poils. Inévitablement, elle se demandait comment elle justifierait à son mari un changement aussi radical de sa physionomie intime. Indubitablement, elle espérait que le doigt parcourant la lèvre charnue pour s’assurer de la douceur finirait par plonger à elle.
Quand il le jugea parfait, l’homme utilisa un peu d’eau sur la zone terrassée pour rincer les quelques poils que le passage de la serviette finirait d’ôter. “C’est dommage que tu ne puisses pas le voir mais tu as les lèvres toutes roses” lui dit-il juste avant de libérer sa bouche.
Son regard soutenait celui du bourreau. Elle fit l’effort et actionna brusquement sa nuque pour l’embrasser. De ses lèvres asséchées par le bâillon improvisé, elle tenta de retenir celles qui rapidement s’éloignèrent.
Il libéra sa main droite. Immédiatement elle se rendit sur la zone concernée pour effleurer l’intimité martyrisée. Immédiatement elle adora.
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