PERVERSION – episode 10
Elle entendit trois voix, puis quatre, et bientôt une cinquième. Le temps passait. Ses jambes fatiguaient, son esprit vagabondait. Quand cette cinquième voix intervint, un frisson lui parcourut tout le corps : ce timbre lui était familier. Elle connaissait la personne concernée. L’homme en question la connaissait aussi. C’était même une bonne connaissance. C’était aussi une bonne raison pour le maître de ne pas l’avoir transformée en soubrette faisant le service. Au fil des quarts d’heure, la position devenait délicate : les jambes auraient souhaité se mouvoir, s’écarter quelque peu ; les bras auraient mérité d’être libérés.
Au débit verbal, à la sonorité des couverts, elle les savait attablés, rêvant d’être simplement assise, capable de se désaltérer. Elle soulageait régulièrement sa nuque endolorie en reposant sa tête contre ses avant-bras, les cheveux effleurant les poignets. Mais cette position la gênait puisqu’elle entraînait systématiquement une évasion de salive en direction de ses seins. Elle salivait. Elle évacuait. Elle s’humiliait sans pouvoir contrôler cette réaction naturelle. Et c’est bien cette absence de contrôle qui l’excitait autant…
La voix féminine participait souvent et activement à la conversation plutôt virile. Ses interventions sortaient la soumise de la torpeur dans laquelle elle s’enfonçait doucement. Étrangement, s’endormir lui paraissait presque accessible. Seulement quand la prisonnière perçut les talons de l’invitée frapper le sol du couloir, elle commença à paniquer. Quand la porte s’ouvrit en la poussant, l’obligeant à reculer, elle crut s’évanouir de peur. Elle n’était plus seule dans la pièce. L’invitée se trouvait dans la salle de bains et la voyait comme personne d’autre ne l’avait vue à l’exception de son compagnon de jeu.
Ne manifestant si surprise ni marque d’attention particulière, l’invitée baissa sa jupe avant de s’accroupir au-dessus de la cuvette. Le sifflement caractéristique du jet d’urine paralysait la prisonnière livrée à ses peurs les plus secrètes. Elle l’écouta s’essuyer, remonter sa jupe. Le bruit de la chasse d’eau couvrit le bruit des pas qui séparait les toilettes de la porte réouverte puis refermée sans autre événement remarquable. L’infidèle en avait les larmes aux yeux. Elle se sentait mal. Elle se sentait seule. Mais ce sentiment allait bien vite être supplanté par l’excitation. Le désir reprenant ses droits et sa place.
Qui était-elle ? Que lui avait-elle dit ? Qu’avait-elle pensé ? Comment l’avait-elle trouvé ? Les questions se bousculaient au fur et à mesure que la position devenait éprouvante. Elle essaya de fléchir ses jambes, mais le poids supporté par les membres supérieurs n’était guère plus reposant. La chaleur provoquée par un radiateur poussé pour éviter qu’elle n’ait froid provoquait une moiteur sur l’ensemble de son corps. Des effluves troublantes parvenaient à ses narines, proches de ses aisselles lorsqu’elle penchait la tête pour reposer sa nuque.
Les invités riaient à gorge déployée devant un café au parfum envoûtant. Une torture était venue s’ajouter à la longue liste des servitudes qui accablaient la miss : elle aussi était prise d’une envie pressante et irrépressible. C’est parce qu’elle n’en pouvait plus qu’elle essayait de faire chuter le crochet. Mais elle arrivait au mieux à le déplacer sur le plan horizontal. Il demeurait solidement ancré au sommet de la porte. Bientôt elle ne pensa plus qu’à l’envie obnubilante dont elle était la victime. Elle avait quitté le domicile conjugal à neuf heures du matin, s’était changée à la piscine qui lui servait de parfait alibi avant de rejoindre une amie imaginaire pour une balade en forêt qui l’était tout autant. Il devait être plus de quatorze heures : elle estimait l’heure à la durée cruelle qui lui semblait s’être écoulée depuis le début de sa captivité bien volontaire.
Cinq longues heures sans uriner…
Cinq longues heures parmi lesquelles l’excitation ajoutait sa pierre à l’édifice…
Cinq longues heures : une éternité pour une femme…
Elle perdait espoir. Elle ne croyait plus en une libération rapide. Plusieurs fois, elle avait cru que les invités étaient sur le point de partir. À chaque fois, elle s’était trompée. Désillusion qui l’empêchait d’espérer : elle ne pouvait plus se retenir. Sans le bâillon, l’expression de son visage aurait traduit sa détresse. Sans le bandeau aux allures de masque, son regard humide aurait trahi sa honte.
Une ondée brûlante et dorée fuyait le cuir…
Une rivière chaotique coulait le long des jambes serrées…
Une certaine humidité envahissait ses pieds exténués…
De longues minutes s’écoulèrent avant que le dialogue ne cesse avec le dernier invité. Elle se s’interrogeait sur le départ de la femme, elle se demandait si son maître ne lui réservait pas une humiliante surprise. Quand il entrouvrit la porte pour se glisser dans la salle de bains, elle entendit le bruit de ses pas. Ses semelles rencontraient le fruit de son soulagement.
Il n’allait pas durcir le ton, ni même élever la voix. Il la savait fragile parce qu’en manque de repères et d’expérience. Il l’avait laissée seule face à ses démons pendant quatre heures. La première chose qu’il fit fut de libérer sa bouche et sa nuque. Elle ne parvenait pas à parler distinctement : une période de repos allait lui être nécessaire pour reprendre ses esprits. Quand le cadenas fut désolidarisé du mousqueton, la silhouette vacilla et manqua de perdre l’équilibre mais l’homme s’en saisit pour la soulever dans les airs. Un escarpin tomba au sol.
La jeune femme frémissait. Épuisée, elle se laissait déposer sur le plastique de la baignoire. De l’eau se mit à couler. Son maître lui ôta son autre soulier sans pour autant libérer ses chevilles de leur proximité. Lentement, l’eau commençait à glisser sous elle, à l’entourer. Une eau à la température agréable. Une récompense après une éprouvante séance.
Quand le liquide eut atteint son pubis, elle se sentait lavée de son coupable relâchement. Un poids disparaissait de son cœur. Elle lui demanda un baiser. Elle ajouta un “s’il te plait” qui en aurait fait plier plus d’un. Il céda. Elle cherchait son visage avec ses mains serrées pour que le baiser soit plus tendre encore. Plus langoureux. Plus aimant. Elle sentait une nécessité d’être réconfortée. Sa poitrine baignait dans un corps chaud. Elle se délectait de la sensation étrange de sentir la chaleur de l’eau sans et avec le latex. Le décolleté et le globe mammaire ne recevaient pas les mêmes signaux. Mais la libération de son buste par son maître la priva de continuer l’expérience, empêcha l’analyse de cette sensation nouvelle.
Caressée, étirée, pincée, sa poitrine recevait un accompagnement digne des baisers échangés.
Quand il redonna la vue à l’infidèle, celle-ci ferma immédiatement les yeux tant la lumière lui paraissait violente. Elle demeura ainsi pendant plusieurs minutes… sans doute pour se délecter et profiter d’un moment rare : son maître passait et repassait une éponge naturelle sur tous les recoins de son corps en versant régulièrement de la crème lavante sur la peau.
Il la sécha. Pour un peu, elle se serait presque sentie la maîtresse… Mais les bracelets serrés autour de ses chevilles et de ses poignets l’en empêchaient radicalement.
Emmenée jusqu’au lit, cette proie docile que l’homme déposa délicatement, cette femelle insatiable ne tarda pas à accueillir pour son plus grand plaisir un sexe gorgé sur les collines de ses lèvres pulpeuses. Elle se trouvait à genoux sur l’édredon, les mains sur le rebord du matelas. Elle l’honorait comme il se doit. Il l’intimidait en la menaçant verbalement d’user d’un redoutable martinet latex “capable de tirer des larmes à n’importe quelle putain sans laisser la moindre marque durable sur son cul”.
Elle s’appliquait. La frustration d’être incapable de se caresser devenait insupportable pour la jeune femme qui tentait vainement de contourner l’obstacle du cuir. Son maître n’avait aucune intention de se retirer d’une bouche aussi accueillante : la soumise infidèle percevait l’irruption de sperme comme un raz-de-marée. Cette avalanche la submergeait, explorait les territoires les plus reculés sans qu’elle n’eût la possibilité de s’y soustraire. Outre la main qui maintenait sa nuque, le maître jugeait utile d’empoigner fermement ses cheveux.
Il savait qu’elle n’aimait pas le goût de ce liquide. Au fond, ce n’était pas le goût mais l’idée de recevoir en bouche cette liqueur, de la savourer puis de l’avaler. Il voulait l’y habituer. Elle devait s’y accoutumer. Car il projetait déjà de l’offrir et “une chienne doit savoir avaler avec dignité et fierté”.
Elle voulait plus. Elle voulait le sentir entre ses fesses. Elle l’exprimait oralement. Comme il aimait l’entendre ! Comme il aimait entendre se manifester sa faiblesse. Cette faiblesse qu’il utilisait pour la prendre au piège. Le marché fut prononcé : elle devait nettoyer devant lui le sol qu’elle avait souillé de son urine.
L’impression que la jeune femme ressentait est indescriptible : elle agissait sous surveillance, chevilles et poignets libres mais à quatre pattes, au pied de son maître, à genoux, les mains au creux d’une serpillière gorgée d’humiliation. Quand le carrelage fut de nouveau propre, le maître accepta d’accomplir sa part du marché. Il libéra l’esclave de sa ceinture de chasteté qui l’avait empêché jusqu’alors d’expulser un plug qui rêvait de l’être.
Le bloc de latex était brûlant et sale. Assez pour souiller une parcelle de la zone nettoyée. Elle se devait de recommencer. Il l’envoya chercher une éponge sans l’autoriser à se relever. Puis, tandis qu’elle nettoyait le carreau entaché, le maître s’agenouilla derrière elle et enserra sa taille. L’infidèle se fendit d’un cri contenu devant la vigueur de l’assaut. “La prochaine fois, tu feras attention ou bien je te ferai nettoyer avec la langue tes saletés ” lui asséna-t-il.
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