PERVERSION – episode 13

Son maître l’avait abandonnée malgré ses appels pleins de détresse. Je ne peux décrire ici à quel point elle se sentait fragile face à Martha savourant une Chesterfield sur le rebord de son lit. Elle n’osait pas la regarder. De peur de croiser le regard d’une femme libre et libérée capable de l’observer et de lui rappeler à quel point elle l’avait humiliée.

- “Tu ne dis plus rien ?
- Libère-moi…
- Pas question” répondit Martha doucement
- “Quand revient-il ?
- Dimanche. Il reviendra te chercher dimanche.
- Tu plaisantes ?
- Crois-tu que je me serai donnée autant de mal pour une petite blague ?
- Je ne comprends pas pourquoi…
- Il y a des choses qu’une soumise ne peut pas comprendre. Elle les ressent.
- Je ne suis pas soumise
- Tu l’es plus que tu ne le croyais puisque tu es là maintenant
- Tout ça ne me dit pas pourquoi
- Une soumise apprend. Elle découvre qu’elle savait. Avec moi, tu vas savoir ce que tu es.
- Je ne suis pas un objet
- Non. Bien sur. Mais tu connaissais les règles du jeu en acceptant d’aller plus loin. Tu y es.
- Je ne vais quand même pas passer deux jours comme ça ?
- Arrête de chougner ! Il n’a jamais été question de ça. Ce serait trop simple…
- Simple ?
- Je sais que tu t’habitues vite aux choses qui te troublent et qui t’excitent. Crois-moi, tu vas bouger ce week-end… et peut-être même seras-tu heureuse de t’y réfugier !
- Qu’est-ce que tu as prévu ?”

Martha s’approcha, s’agenouilla, écrasa son mégot sur le plancher de la cage et plongea ses yeux dans ceux de son invitée.

- “Trop tôt pour le savoir ma chérie… Une dernière chose : je ne tolérerai plus que tu ne me dises pas vous à partir de cet instant. Si tu désobéis, je te punis. Si tu te trompes, je te punis aussi. Tu me dis vous et tu m’appelles Madame, on est d’accord ?
- Oui… Oui Madame” répondit presque distinctement la petite fille confuse
- “C’est bien. Tu as enfin compris ce que nous sommes l’une pour l’autre. Moi, je suis celle qui a tous les droits sur toi. Toi, tu n’en as aucun. Tu obéis, un point c’est tout. Et si tu veux arrêter, tu n’as qu’à dire stop. Un simple mot. Juste un seul. Mais sache que si tu veux que ton maître accepte de te recevoir en tant que soumise, tu ne dois pas flancher jusqu’à ce qu’il te libère de mes griffes. C’est compris ?
- Oui…
- Parfait. Je te souhaite donc une bonne fin de nuit.”

Martha s’éloigna, alla rejoindre son lit sans prendre la peine d’ôter son pantalon de cuir, sans éprouver le besoin de soulager les pieds de ses bottines.

J’ignore comment elle est parvenue à s’endormir cette nuit-là. Ce que je sais, c’est que c’est son geôlier qui la réveilla en ouvrant le couvercle de sa boite en fer. Ses premières pensées se portèrent sur les douleurs multiples qu’elle éprouvait. Les suivantes se concentrèrent sur ce que lui faisait Martha. Avant qu’elle n’ait réagi, sa gorge fut cernée par un imposant collier en cuir noir serré avant qu’un cadenas ne vienne annihiler l’espoir de s’en débarrasser. Elle le toucha pour vérifier à quel point sa maîtresse l’avait ajusté et remarqua la présence de deux pièces métalliques sur le devant. L’une ressemblait à un large et solide anneau, l’autre à une plaque en métal incrustée dans le cuir épais dont était constitué le collier. Les mains de son geôlier repassèrent devant son nez et sa bouche, son odeur de femme éveilla ses sens. Elle entendit un nouveau bruit métallique. Quand elle se sentir happée vers le haut sans que sa maîtresse n’use de ses mains, elle comprit et vit qu’une chaîne l’encourageait à se lever.

Elle avait mal partout et tenait à peine debout. Martha semblait reposée et tout aussi décidée que la veille au soir. Décidée à la dresser. Et quand on dresse un chien, la première chose à faire est de le tenir en laisse. Afin qu’il comprenne bien qui commande. Martha se tenait à ses côtés. “Tu n’as pas envie de quitter ta cage… Je peux t’y remettre si tu veux ?”. Elle leva mécaniquement ses jambes pour s’en extraire, une lourde chaîne pendait entre ses seins tant que Martha ne tende la laisse en entraînant son jouet vers une minuscule salle d’eau.

- “Regarde-toi dans la glace !
- Je suis sensée en penser quoi ?
- Tu ne ressens rien ? Laisse-moi t’aider.” Martha désigna du doigt la plaque de métal qui ornait le collier. “Ça, c’est ton nom. Ton nouveau nom. Tu peux t’approcher pour le lire.”
Elle fit deux pas vers le miroir fixé la porte.
- “Je n’y arrive pas…
- Tu ne sais pas lire à l’envers ? Ça ne devrait pas être trop dur… Il n’y a que quatre lettres !
- J’ai compris…
- J’ai vu sur ton visage l’instant où tu as lu ton nouveau nom. Maintenant dis-le !
- Je… Je ne peux pas”
Martha tira sur la laisse et lui ordonna de se mettre à quatre pattes, ce qu’elle fit à la seconde traction sur la chaîne
- “Regarde-toi dans la glace. Voilà… Maintenant, analyse ce que tu ressens et dis-moi ton nouveau nom !
- P… Puta
- Encore !
- Puta
- Qui es-tu ?
- Je suis Puta
- Hé bien voilà ! Tu vois quand tu veux…”
Jamais un réveil ne lui avait paru aussi dur. Jamais…

Sans l’autoriser à se relever, Martha emmena son invitée à la cuisine afin de lui faire goûter son sens de l’hospitalité : la jeune femme émergeait péniblement d’un réveil pour le moins déstabilisant et ne se voyait octroyée aucun répit.
“Tu as faim Puta ?”. Elle lui répondit timidement “un peu”. C’est encore plus timide qu’elle remercia Martha de déposer à terre un bol gorgé de céréales et de lait. “A ta ligne, je devine que tes petits-déjeuners habituels sont un peu plus… riches” continuait Martha en voyant la jeune femme surplomber le bol du haut de ses quatre membres rivés au carrelage. “Tu pèses combien Puta ?” demanda Martha ravie de la douleur que provoquait ce nom à celle qui devait répondre “60″.
- “Tu as toujours été grosse ?
- Oui…
- Tu te plais ?
- Pas toujours…
- Là, maintenant, tu te plais ?
- Je ne sais pas
- Tu ressembles à une truie devant son auge… Ma pauvre, avec tes kilos en trop, tu ne devais pas en exciter beaucoup au lycée. Tu as du beaucoup souffrir à cette époque !
- Vous avez raison
- C’est de parler de ta graisse qui te coupe l’appétit ?
- Je ne peux pas comme ça
- Il va pourtant le falloir. Ce sera ton seul repas de la journée. Si tu n’en veux pas, je te le retire. Si tu veux manger, tu sais comment t’y prendre !”
Son visage disparut : Martha avait remporté une nouvelle victoire. Sa langue lapait le lait et sa bouche aspirait les céréales.

Martha débarbouilla son élève sous l’eau tiède d’une douche “rapide mais nécessaire avant de commencer une bonne journée”. Séchée, toujours en laisse, elle lui fit chausser des escarpins fermés à la cheville par une lanière associée à un cadenas. Les talons étaient si hauts que la pauvre parvenait à peine à conserver l’équilibre. “J’ai mal” avait-elle constaté oralement à propos de la position du pied extrêmement cambré. “Ta gueule” lui avait répondu la femme flic en lui tendant un balai. “Je te laisse l’appartement. Quand je reviens, je veux que tous les sols soient nettoyés. Dans le placard de l’entrée, tu trouveras une tonne de linge à repasser. Lorsque tu auras fini les sols, tu t’en occuperas. Et si il te reste du temps, tu cires mes chaussures. Tu as compris ?” demanda Martha à l’esclave en tirant sur la laisse qui les unissait. “Oui Madame” répondit-elle. La laisse lui fut retirée. Sa maîtresse se retira.

Elle se mit immédiatement au travail. Balai pour la cuisine et la salle de bains, elle prit l’aspirateur pour la chambre, avançant toujours comme un escargot. Elle avait peur de la chute. Elle ne parvenait pas à s’habituer aux talons vertigineux dont Martha l’avait équipée pour la dissuader de s’enfuir. Elle était nue, elle aurait pu s’habiller même si Martha n’avait pas le même gabarit que l’épouse punie. Mais avec ces escarpins, il lui était impossible de descendre un escalier ou même de marcher dans la rue. Ces chaussures hors normes, elle ne pouvait les enlever : le cuir était trop épais pour être coupé avec de simples ciseaux.

Puta ne pensa même pas à s’évader. Elle exécutait les ordres, les transgressant en picorant quelques fruits avant de se mettre difficilement à quatre pattes pour passer la serpillière sur les sols carrelés. Ignorante de l’heure à laquelle revenait Martha, elle ne pouvait demeurer inactive et risquer d’être surprise. Quand elle eut fini de cirer le parquet du salon, l’après-midi était bien entamée et une lassitude s’installait. L’appartement était plutôt sombre. Sans musique, sans fond sonore à l’exception de la rue. Son corps se fatiguait : pour preuve, elle avait dérapé en se relevant d’une pause pipi. Les chaussures glissaient terriblement en plus d’être hautes et inamovibles. Elle installa péniblement la table à repasser et entama la séance de travail harassante : une tonne de linge froissé la défiait sans qu’elle ne puisse s’asseoir. Je comprends pour quelle raison elle chercha ensuite le repos : elle s’allongea dans le lit en face duquel elle avait dormi. Ce qu’elle a d’ailleurs fini par faire en plein après-midi.

Elle fut surprise alors qu’elle essayait de se relever, les cheveux emmêlés et les yeux pleins de sommeil. “Je vois… C’est comme ça que tu travailles… on va arranger ça”. Je crois que c’est la première fois que le visage de l’infidèle affichait la peur. Il ne s’agissait ni d’appréhension ni d’anxiété mais bel et bien de peur. Une peur fondée sur l’expérience. C’est d’ailleurs ce regard plein de détresse qui décida Martha à la pardonner.


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